Dernier épisode de notre traversée du Tadjikistan qui, comme à la lecture de ces articles, nous a paru une éternité par moment mais seulement un court instant avec toutes les anecdotes et les images en tête.

En sortant de la vallée du Wakhan, nous retombons sur la Route M41, bitumée, et un fort vent de dos nous pousse rapidement vers Alichur.

[Last chapter of our crossing of Tajikistan which, like the reading of these blogposts, seemed to have sometimes lasted an eternity but only a short time with all anecdotes and pictures in mind.

After leaving the Wakhan Corridor, we were back on the M41 and a strong tail wind pushed us quickly to Alichur.]

Lac Sassyk-Kel / Sassyk-Kel Lake
Lac Sassyk-Kel / Sassyk-Kel Lake
Le village de Alichur à 3 991 m d’altitude / Alichur Village at 3,991m

C’est un village implanté dans une plaine entourée de montagnes. Depuis la butte sur laquelle nous arrivons en amont du village, nous apercevons une centaine de maisons de plain-pied et un haut poteau à un angle. Aucune végétation empêche le vent froid de balayer les sols poussiéreux du hameau.

[It is a village located in a plain surrounded by mountains. From the hill on which we arrived upstream of the village, we saw a hundred single-storey houses and a high pole at an angle. No vegetation prevents the cold wind from sweeping the dusty soils of the hamlet.]

Absence de végétation pour anéantir les bourrasques de vent qui s’engouffrent dans les ruelles désertes du village d’Alichur / Lack of vegetation in the desert streets of Alichur

Nous avons prévu de faire étape au chaud dans une maison d’hôtes que nous ont conseillée deux cyclistes. Le temps de trouver le vendeur chez lui pour qu’il nous ouvre son épicerie, nous arrivons en début d’après-midi au Nur Homestay. L’accueil est plutôt froid et notre demande de cuisiner notre déjeuner dans les locaux semble déranger la patronne.

[We planned to stay in a homestay that two cyclists advised us. Time to find the seller at his place to open his grocery store, we arrived at the beginning of the afternoon at Nur Homestay. The welcoming was rather cold and our request for cooking a lunch in the premises seemed to bother the owner.]

La communication est souvent laborieuse et Angélique prend fréquemment l’initiative de passer derrière le comptoir pour se servir, à la plus grande surprise du vendeur / Angelique made the smart idea to go and pick the products herself rather than spending minutes pointing at them from behind the cashier
Il faut savoir prendre du recul dans ces épiceries pour dénicher ce que l’on souhaite lorsqu’un même rayon contient des brosses à dents, des biscuits, du WD40 ou de l’engrais… / Step back while searching the products you wish in a same shelf containing toothbrush, biscuits, toilet paper or chemical products…
Maison d’hôtes recommandée à Alichur: le « Nur guesthouse » / The recommended « Nur Guesthouse » in Alichur
Pommes de terre sautées pour le déjeuner / Fried potatoes for lunch
Un des très rares déjeuners appréciés au chaud depuis longtemps / A lunch in a warm place that we had not done for a while
Typique salon tadjike / Typical den in Tajikistan
Le bois, matériau très utilisé dans l’habitat tadjike / The timber is widely used in the Tajik dwellings

Nicolas prend soin des vélos en leur faisant un gros nettoyage du sable et de la terre accumulée ces derniers jours, puis vérification et graissage de la mécanique. Nous remettons un peu de pression dans les pneumatiques, les ayant quelque peu dégonflé pour évoluer plus aisément sur des pistes sableuses ou rocheuses. Le constat est là: nos deux-roues ont brillamment survécu aux pistes de la vallée du Wakhan sans pépin technique!

[Nicolas took care of the bicycles by making a big cleaning of the sand and the soil accumulated these last days, then checking and lubricating the mechanics. We inflated the tyres too, having lowered the pressure to ride comfier on rocky or sandy track. We could make the following observation: our two-wheelers had survived the tracks of the Wakhan Corridor without any technical issue!]

-« Voir la montagne sous un autre angle pendant que mon proprio me frotte le dos » / Upside down maintenance

Angélique, de son côté, reçoit une belle surprise de la patronne, plus détendue sûrement, qui a installé dans le salon deux lits, une table ronde avec le couvert et a allumé un poêle pour nous accommoder cette nuit. Elle nous ouvre la porte d’un sauna dans un local indépendant chauffé par un poêle alimentée par des des bûches de crottin de cheval, combustible plus écologique que les énergies fociles notamment le charbon. Quel plaisir de pouvoir prendre une douche chaude après cette rude semaine dans la vallée du Wakhan et la faible température du jour.

[Angelique, meanwhile, received a nice surprise from the owner, more relaxed probably, who has installed in the living room two beds, a round table with the cover and lit a stove to accommodate us tonight. She opened the door of a sauna in an independent room heated by a stove powered by sheep’s dung, more ecological than coal. What a pleasure to take a hot shower after this tough week in the Wakhan Valley and the low temperature of the day.]

La jeune fille de la maison d’hôtes reste à nos côtés pendant le chargement des vélos pour sympathiquement nous saluer à notre départ / At the homestay, the young daughter stayed with us while we were hooking the panniers and then waved at us when we left

L’électricité est rare dans la région, les habitants démarrent leur groupe électrogène lorsqu’il fait sombre (19h) et le laisse tourner pendant 2 à 3 heures. Autant vous dire que nous ne passons pas la soirée sur internet ou devant un écran plat puisqu’aucun des deux est disponible. La lampe frontale est à portée de main pour les courtes coupures du générateur et pour terminer notre lecture quotidienne lorsqu’il est coupé pour la nuit à 22h.

Entre-temps, le dîner est un réel festin fait maison: crudités en entrée, plov (plat national, comme dans le reste de l’Asie Centrale, riz sauté agrémenté de viande de mouton et de carottes), biscuits et friandises pour le dessert, le tout accompagné bien entendu d’un Chai (thé).

[The electricity is rare in the region, the residents start their generator when it is dark (19:00) and let it run for 2 to 3 hours. Might as well say that we did not spend the evening on the internet or in front of a flat screen since neither was available. We kept the headlamp at hand for short breaks of the generator and to finish our daily reading session when the owner cut it for the night at 22:00.

In the meantime, the dinner was a real home-made feast: raw vegetables as starters, plov (typical dish found in Central Asian countries, rice, carrots and mutton), biscuits and sweets for dessert and obviously a famous Chai (tea).]

Angélique savoure le festin préparé par la chef de maison / Angelique enjoyed the really tasty home-made meal cooked by the owner

Le lendemain, un habitant nous glisse qu’il fait meilleur aller dans notre direction plutôt que dans l’autre. En effet, à peine nous lançons-nous sur la route M41 que de violentes bourrasques nous prennent dans le dos et nous poussent à survoler le bitume à près de 30km/h de moyenne pour la première heure. Depuis Alichur, nous distinguons un point noir au milieu des longues lignes droites devant nous qui s’avère être un cycliste. En nous rapprochant, nous reconnaissons Gaël, appareil photo et gros objectif en main, fusillant les décors de plaines ventées et de montagnes enneigées. Il est parti en Avril dernier de Paris en groupe de quatre pour un tour du monde de trois ans, principalement à vélo. Nous l’avions rencontré à Douchanbé (Tadjikistan) dans l’auberge voisine de la nôtre, il attendait nerveusement ses bagages égarés par une compagnie aérienne lors de son vol depuis Téhéran. Parti 2 jours après nous de Douchanbé, il a suivi la M41 et par chance nous avons fait la même halte à Alichur, dans deux hébergements différents cependant.

Très bon photographe et grand aventurier en route pour une longue épopée, vous pouvez suivre son périple sur beyond my wheel.

Après une brève pause pique-nique dans une bouche d’égout à l’abri de la tempête, au vue des conditions favorables pour rouler (vent de dos) mais pas clémentes pour camper (tempête glaciale), nous prenons la décision d’avaler les 100 km pour rejoindre Murghab et y dormir au chaud.

[The following day, a resident said to us that it was indeed better to go in towards north rather than in the other. Indeed, as soon as we set off on the M41 that violent gusts took us in the back and pushed us to fly over the bitumen at nearly 30km/h average for the first hour. From Alichur, we could perceive a black dot in the middle of the long straights in front of us who turned out to be a cyclist. As we got closer, we recognised Gael, big camera in hand, shooting the scenery of windy plains and snow-capped mountains. He left Paris last April in a group of four for a three-year world tour, mainly by bike. We had met him in Dushanbe (Tajikistan) in the hostel next to ours, he was nervously waiting for his panniers lost by an airline on his flight from Tehran. Having left 2 days after us from Dushanbe, he had followed the M41 and luckily we made the same stop at Alichur, in two different accommodations however and met him up again.

Very good photographer and great adventurer en route for a long trip, you can follow his journey on beyond my wheel (Blog website is in French, Facebook and Instagram posts are in English).

After a brief picnic break in a storm shelter, thanks to the favorable conditions to ride (tail wind) but not lenient for camping (cold storm), we took the decision to ride the 100 km to Murghab and find an accomodation there.]

Les longues lignes droites de la route M41 / Long straight lines on the M41
Des paysages à couper le souffle… / Breathtaking landscapes…
Derrière cet objectif se cache une tête connue. Bonjour Gaël / Behind the camera was someone we had already met before. What’s up Gael?
Troupeau de yaks / Herd of yaks
Yourte: tente à armature extensible de bois, sur laquelle sont tendues des plaques de feutre. Habitation des nomades d’Asie centrale / Yurt: round tent covered with skins or felt and used as a dwelling by nomads in the steppes of Central Asia
Un nouveau compagnon de route / A new bike buddy
En direction de ces hautes montagnes, pour le moment, on est pas mal sur cette section plate / Towards these high moutains, we felt good riding on this flat road at this point
Nous avons sorti les ailes pour que le vent nous pousse sur ces lignes droites / We spread out our wings for the wind to push us on these long lines
La plaine de Murghab / Murghab’s plain
Accueil dans le village de Murghab / A welcome in Murghab
Arrêt forcé par ces enfants… / These kids blocked us…
… seulement pour nous saluer et nous souhaiter la bienvenue / … only to shake our hands and welcome us in their village

Murghab est une petite ville peuplée principalement de Khirgizhes qui portent tous le fameux chapeau traditionnel, le « Al-Kalpak » (chapeau blanc en tadjik). A l’hôtel du Pamir, point de rendez-vous pour les cyclistes parcourant la route du Pamir, nous sommes seulement trois cyclistes et trois motards (Thibault et Paul (Français) et un Hollandais); l’établissement fermant ses portes dans 3 jours en période hivernale. Le village est l’endroit idéal pour refaire les stocks pour la suite de la route et les achats se font au fameux marché à conteneurs reconvertis en magasins.

[Murghab is a small town populated mainly by Khirgizhes who all wear the famous hat. At the Pamir hotel, a meeting place for cyclists travelling the Pamir, we were only three cyclists and three motorists (Thibault and Paul (French) and a Dutchman); the property was about to close 3 days after for winter. The village was the ideal place to fuel up the food stocks for the rest of the route and we did some shopping at the famous container market.]

De vraies pipelettes! / Pay attention, Blabbermouth!
L’hôtel « Pamir » de Murghab / The Pamir Hostel in Murghab
« Don’t you know pump it up, you’ve got to pump it up »
Le bazar ou marché à conteneurs de Murghab / The bazaar or containers market in Murghab
Jeunes filles jouant devant l’épicerie de leur maman / Girls playing in front of their mum’s shop
Och, ville au Kirghizistan, est notre prochaine grande étape (417 km) et marquera la fin de cette aventure dans le Pamir / Still a long way to Osh (417 km) and some of the biggest challenges on our route so far 
Une légère neige s’est déposée dans la nuit sur les monts entourant Murghab / A light layer of snow felt on the mountains surrounding Murghab

En chargeant nos bagages le surlendemain, deux Français, Vincent et Stéphane, viennent à notre rencontre. En voyage pour 3 semaines, ils sont partis de Douchanbé (Tadjikistan) et rejoignent Och (Kirghizistan) en suivant la M41; pas vraiment reposantes comme vacances…

Nous rencontrons un groupe de 4 cyclistes en sens inverse qui nous annonce de la neige en haut du prochain col à 50 km. L’objectif du jour est de faire campement à 4 000 mètres pour franchir le col en milieu de journée le lendemain et redescendre suffisamment pour dormir à une altitude raisonnable. Nous retrouvons les deux Français, Vincent et Stéphane pour le bivouac dans une maison abandonnée de 1889; servant actuellement de bergerie pendant la transhumance. Idéalement localisée, il n’en reste que les murs qui nous abritent du vent qui souffle toujours violemment et surtout nous permet de gagner de précieux degrés à cette altitude. Les cloisons intérieures en pierre divisent la demeure en quatre, nous avons donc chacun une chambre dans laquelle déposer notre tente.

[By loading our luggage two days later, two Frenchmen, Vincent and Stephane, came to meet us. Travelling for 3 weeks, they left Dushanbe (Tajikistan) and joined Osh (Kyrgyzstan) following the M41; not really relaxing as vacation

We met a group of 4 cyclists in the opposite direction who announced some snow at the top of the next pass at 50 km. The objective of the day was to camp at 4,000 metres in order to cross the pass around lunchtime the following day and cycle down to a low altitude to sleep in reasonable conditions. We met again the two Frenchmen, Vincent and Stephane for the bivouac in an abandoned house from 1889; it was used as a sheepfold during transhumance. Ideally located, there were only the walls that sheltered us from the wind which was violently blowing. The interior partitions made of stone divided the house into four parts, so we all had one room in which we could put up our tent.]

Pause déjeuner avec cet abri du vent précaire / Mission: cooking a lunch with a stove in the middle of wind gusts
Maison datant de 1889 qui nous servira de refuge pour une nuit presque au chaud! / An old abandonned house built in 1889 was a perfect shed for the freezing night
La chambre des Guibolles! / Our private room!

Le lendemain matin, jour d’ascension, le temps est gris et froid et les premiers flocons de neige commencent à tomber lorsque nous arrivons au pied de la section la plus abrupte. Nous avons fait 400 mètres de dénivelé positif sur 20 km, les 3 derniers cumulent 200 mètres. Le souffle court, les cuisses dures, nous gravissons lentement la route qui blanchit peu à peu puis le bitume disparaît sur les dernières centaines de mètres. Côte-à-côte, nous passons le tant redouté Col d’Akbaytal à 4 655 mètres d’altitude.

[The next morning, day of ascent, the weather was gray and cold and the first snowflakes began to fall when we arrived at the foot of the steepest section. We made 400 metres of positive elevation over 20 km, the last 3 kilometres doubled up. Shortness of breath, hard thighs, we slowly climbed the road that gradually whitened and the bitumen disappeared over the last few hundred metres. Side by side, we passed the Akbaytal Pass at 4,655 metres above sea level.]

Contrairement à ce que peut montrer la photo, la route grimpe déjà fort à ce point / Do not trust the photometric, the road already climbed up strongly at this point
4 655 mètres… Incroyable! Seulement le panneau n’est pas au sommet, il nous reste encore 3 km d’ascension… / Celebrating the ascent.. we hadn’t already done since the board is 3 km before the summit…
Youpiiiii on y est!! / Here we are, 4,655 m!
On adore les Snickers et comme on en trouve dans les épiceries au Tadjikistan, étant léger et compact à transporter dans nos sacoches, ce sera notre récompense pour chaque col à plus de 4 000 m d’altitude / We love snickers and since we could find them in shops in Tajikistan, being compact and easy to carry, we bought 10 of them and ate them as a reward for climbing peaks over 4,000 m
Nicolas pose avec son chapeau traditionnel kirghize / A pic with traditional Kyrgyz outfit
Il ne faut pas traîner et démarrer la descente, après l’effort et l’excitation de la montée, on ressent de plus en plus le froid (il fait -5°C) / Rush rush the temperatures were dropping (-5°C) and snow was falling!! Time to cycle down hill

Le temps de savourer le moment présent et un snickers en récompense (et oui pas vraiment un temps pour une boisson fraîche!), quelques photos, il fait -5°C et de gros flocons s’abattent au sommet. La descente est quelque peu glissante, les doigts sont congelés et peinent à changer les vitesses et actionner les freins.

La nuit s’annonce froide et nous avons amplement mérité un lit au chaud. De plus, après 14 km de descente sur piste et tôle ondulée, nous retrouvons le bitume et le vent de dos. Pas d’hésitation, nous filons à Karakol pour une maison d’hôtes et terminons cette journée avec 90 km au compteur.

Le village de Karakol se situe au bord d’un immense lac du même nom qui nous offre un magnifique spectacle de couleurs. Au premier plan, une plaine multicolore où ruminent des yaks, puis le lac d’un bleu turquoise virant bleu foncé lorsque le soleil disparaît et au loin des montagnes aux cimes blanches enneigées.

[Time to savour the moment and a snicker reward (not really a time for a cool drink indeed!), some photos, it was -5°C and large snowflakes were falling at the top. The descent was slippery, the fingers were frozen and we struggled switching gears and operating the brakes.

The sky turned into a grey stormy colour and it was freezing so we thought that we deserved a warm place to spend the night. In addition, after 14 km downhill on tracks, we found back the bitumen and back wind. No hesitation, we went to Karakul for a guest house and ended the day there after a long 90 km segment.

The village is located on the edge of a huge lake of the same name which offered us a magnificent show of colours. In the foreground, a multicoloured plain where yaks ruminated, then the turquoise blue lake turned dark blue when the sun disappeared and, in the distance, mountains with snowy white peaks.]

Lac de Karakol / Karakul lake
Troupeau de yaks sur la plaine entourant le lac de Karakol / Herd of yaks on the plain around the Karakul Lake
Le temps se gâte, on se dépêche pour atteindre Karakol / The weather was getting bad so we speeded up to reach Karakul

Karakol était une ancienne base militaire soviétique à l’époque de l’URSS et est aujourd’hui un camp où résident quelques soldats tadjikes et locaux. Dans la maison d’hôtes, nous retrouvons Vincent et Stéphane, déjà au chaud et reposés, ils étaient partis plus tôt que nous le matin. Au moment du dîner, un couple d’Allemands avec leur enfant débarquent, ils voyagent en poids lourd aménagé. Ils nous annoncent qu’ils ont cassé un câble de frein dans la descente du sommet à la frontière Kirghizistan-Tadjikistan et viennent cueillir des informations pour la suite; notamment le col que nous avons franchi ce jour. Ils nous informent qu’ils ont été pris dans de fortes chutes de neige, que le col est difficilement passable avec 20 cm d’épaisseur sur la route. Nous le savons l’hiver est là, il ne sert à rien de repousser notre départ au risque de vraiment être coincé à Karakol avec de la neige et des congères qui se forment sur la route.

Au petit matin, le soleil fait son apparition, idéal pour une ascension des prochains cols à la mi-journée avec des températures positives. Angélique déniche le « dealer » de pain (voir article « la vallée du Wakhan au Tadjikistan ») dans un coin du patelin, Nicolas profite d’un pompiste à l’oeuvre au-dessus d’un puit pour remplir nos réserves d’eau.

Nous passons le col de Pereval Uy Bulak à 4 232 mètres d’altitude à l’heure du déjeuner puis dévalons les 14 km de descente pour déjeuner dans un endroit où le temps semble s’être arrêté, aucun bruit, aucun mouvement, seuls trois cyclistes pique-niquant en bordure de route.

[Karakul was a former Soviet military base at the time of the USSR and is today a camp where reside some Tajik soldiers and locals. In the first guest house, we met again with Vincent and Stephane, already warmed and rested, they had left earlier than us in the morning. At dinner time, a couple of Germans and their child turned up, they travelled in a van. They told us that a brake cable had snapped on their truck in the descent from the summit to the Kyrgyz-Tajik border and came to get some information for the way forward; especially the pass that we had crossed this day. They informed us that they were caught in heavy snowfall, that the pass was hardly passable with 20 cm of snow on the road. We knew that winter was here, there was no point in putting our departure time forward, at the risk of really being stuck in Karakul with snow and drifts forming on the road.

In the early morning, the sun made its appearance, ideal for an ascent of the next passes at midday with positive temperatures. Angelique found the bread « dealer » (see blogpost « The Wakhan Corridor in Tajikistan ») in a corner of the village, Nicolas asked a local at work over a well to pump up a little longer in order to fill our water bag.

We reached the Pereval Uy Bulak pass at 4,232 metres above sea level then down the 14 km descent to have lunch in a place where time seemed to have stopped, no noise, no movement, only three cyclists having picnic along the road.]

Le camion aménagé du couple d’Allemands devant la maison d’hôtes / The trucks driven by a german couple and their son in front of the homestay
Le puit du village de Karakol / The well supplying water for all inhabitants in Karakul village 
Le paysage nous paraît irréel parfois / Stunning landscapes
 Un de plus! 4 232 mètres / One more done! 4,232 metres
Pause déjeuner sur la route entre l’ascension des deux cols de la journée / Lunch break in between the two passes 

La pause entre les deux cols nous redonne de l’énergie pour attaquer la prochaine ascension et la sortie du Tadjikistan au passage. Nous reconnaissons les fortes chutes de neige de la veille mais le resplendissant soleil et les températures positives ont accéléré la fonte des neiges transformant la piste en un terrain boueux et glissant. Le poste frontière tadjike est un champs de combat où des endroits sont restés intactes avec 20 cm de neige et le chemin qu’emprunte les véhicules un bain de 10 cm de boue. Nous sympathisons avec les douaniers qui récupèrent nos permis GBAO (« Gorno-Badakhshan Autonomous Region » traduire par Région Autonome du Gorno-Badakhshan), tamponnent nos passeports et avec qui nous échangeons nos derniers Somonis tadjikes contre des Soms Kirghizes.

Les derniers kilomètres sont bien enneigés et les vélos patinent pour atteindre la statue du chamois au col de Kyzyl Art, marquant notre sortie du Tadjikistan à 4 283 mètres. Le temps est au beau fixe là-haut, nous jouons dans la neige tels des enfants et prenons évidement les clichés souvenirs. Seulement il est 16h, le froid et la nuit vont tomber rapidement. Dès les premiers mètres de descente, nous sentons nos roues chasser sur la neige qui commence à glacer. L’état de la route s’empire plus bas sur une section qui n’a vu le soleil qu’au petit matin alors que les températures étaient négatives. Nous croisons des 4×4 qui tentent, par des séries de marche-avant/marche-arrière, de gravir les 3 kilomètres de lacets totalement verglassés, d’autres attendent en aval de voir si les cobayes qui les précèdent atteignent le haut. Nous sommes surpris de voir que ces taxis, qui font ces liaisons 2 fois par jour, ne sont pas équipés en conséquence. Bref, pour nous cyclistes, pas de chaînes ni de pneus à clous, nous comptons sur nos pieds au sol pour nous assurer un soupçon de stabilité sur nos deux-roues, que nous ne trouvons guère. Il nous faut 1h pour atteindre le bas des 3 km de lacets verglassés dans une allure de riders vélo-skis plutôt que cyclotouristes.

[The break between the two passes gave us energy to get on the next ascent and way out of Tajikistan. We saw the heavy snowfalls of the day before but the resplendent sun and the positive temperatures accelerated the melting of the snow transforming the track into a muddy and slippery ground. The Tajik border post was a combat field where some places had remained intact with 20 cm of white snow and the path taken by the vehicles a 10 cm bath of mud. We sympathised with the customs officers who took back our GBAO (« Gorno-Badakhshan Autonomous Region ») licenses, stamped our passports and with whom we exchanged our last Tajik Somonis with Kyrgyz Soms.

The last kilometres were snow-covered and bicycles were skating to reach the chamois statue at the Kyzyl Art Pass, marking our exit from Tajikistan at 4,283 metres. The weather was good up there, we played in the snow like children and obviously took some snaps. But it was 16:00, the cold and the night would fall quickly. From the first few metres of descent, we felt our wheels hunt on the snow that began to ice. The condition of the road got worse on a section that only had some sun in the early morning when temperatures were negative. We met a 4×4 car trying, by series of forward/reverse, to climb the 3 kilometres of laces completely icy, others waiting downstream to see if the guinea pigs that preceded would reach the top. We were surprised to see that these taxis, which make these connections twice a day, were not equipped accordingly. In short, for us cyclists, no chains or tires with nails, we counted on our feet on the ground to assure us a suspicion of stability on our two-wheelers which we hardly found. It took us an hour to reach the bottom of the 3 km verglassed laces in a look of bike-skis riders rather than cyclotourists.]

Allez encore quelques coups de pédale pour le sommet / Some more strokes to reach the summit  
La neige sur les dernières centaines de mètres ne nous facilitera pas la tâche / The snow did not really ease our ascent in the last few hundreds metres 
Nous venons de quitter le Tadjikistan (poste frontière à 4 200 m) / We did just leave Tajikistan at 4,200 m above sea
 Date: 08/10 – Signé: Les guibolles s’affolent / Snow arts by Angelique and Nicolas 
Ski snow par Nicolas / Snow ski by Nicolas
Ski snow par Angélique / Snow ski by Angelique
Longs lacets enneigés depuis le sommet / Long curves down from the pass

Il est trop tard pour continuer notre descente et décidons d’aller frapper à la porte d’une vétuste maison fumante aux ouvertures recouvertes de films  plastiques pour un isolement additionnel. Un homme âgé nous ouvre et nous invite à venir nous asseoir autour du poêle où deux hommes sont déjà installés. La chance est avec nous, nous n’aurons pas à déplier la tente à 4 000 m d’altitude sur la neige. De toute façon, le temps de venir demander l’hospitalité à cet homme et retourner à nos vélos, il nous est impossible de les pousser. La cassette, le dérailleur et les garde-boues sont totalement gelés, nous devons les décharger puis les transporter sur l’épaule sous l’abri adjacent à la maison. Cette dernière est rudimentaire, un poêle, des coussins et matelas, quelques assiettes et casseroles et un sceau d’eau mais la chaleur demeure.

Ce soir, nous dormons dans un refuge à 4 000 m, dans une zone où nous sommes dans aucun pays (le « No man’s land »), étant sortis du Tadjikistan mais pas encore rentrés au Kirghizistan (en effet, le poste douanier kirghize se trouve 20 km plus loin!).

[It was too late to continue our descent and we decided to knock on the door of a dilapidated steaming house with openings covered with plastic film for additional isolation. An elderly man opened us and invited us to sit around the stove where two men were already sat. The chance was with us, we would not have to pitch the tent at 4,000 m altitude on the snow. Anyway, the time to go and ask for this man’s hospitality and return to our bikes, we could not push them. The cassette, the derailleur and the fenders were entirely frozen, we had to unload the panniers and carry the bikes under the shelter next to the house. The latter was rudimentary, a stove, cushions and mattresses, a few plates and pans and a seal of water but the heat remained.

This night, we slept in a shelter at 4,000 m in an area where we were in a « No man’s land », having left Tajikistan but not yet entered in Kyrgyzstan (indeed, the Kyrgyz customs post is located 20 km further!).]

En attendant de rejoindre le Kirghizistan dans 20 km, nous passerons la nuit à 4 000 m, au chaud, dans cette charmante maisonnette / A well-deserved night at 4,000 m in the no man’s land between Tajikistan and Kyrgyzstan

Note: Cet article a été publié lorsque nous étions à Ha Long (Vietnam) / This blog post was published when we were in Ha Long (Vietnam)

À voir: la rubrique les chiffres  

 

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