Salâm,

La sortie de Téhéran est longue et les artères que nous prenons sont chargées en véhicules. Il nous faut 2 heures pour atteindre la sortie de la ville où nous faisons notre pause déjeuner. Nous accusons un peu le coup après notre « sieste » la nuit dernière dans le bus qui nous ramenait d’Esfahan, mais nous décidons de poursuivre plutôt que de s’accorder une sieste. Les jambes comprennent vite que les vacances sont terminées lorsque la route leur inflige de gravir les quelques longues montées à 8% pour rejoindre Pardis, une ville surplombée par d’immenses tours vides en construction implantées sur une plate-forme creusée dans la montagne.

[Getting out of Tehran was long and so it took us 2 hours to reach the outskirts of the city where we had lunch. We felt slightly tired after the « nap » we had last night in the bus that carried us back from Isfahan, but we decided to continue rather than having a rest at this point. The legs quickly understood that holidays ended when the road started climbing on some long 8% portions’ before Pardis, a city overhung by huge empty towers under construction located on a platform dug in the Mountain.]


Depuis Téhéran, 2 itinéraires s’offrent à nous pour rejoindre l’Est du pays et Mashhad, dernière ville avant le Turkménistan. D’une distance d’environ 900 km, le premier passant par Semnân, Sharud et Sabzevâr est le plus court. La route est cependant aux abords du désert de Semnân (Semnân Dašt-e Kavīr) et les villes, points de ravitaillement, sont considérablement espacées. Le second, d’une longueur de 1 100 km, monte vers la Mer Caspienne puis forme un croissant vers Mashhad. Il comporte 2 grosses étapes: le passage des montagnes d’Alborz Māzandarān et la traversée du Parc National du Golestan. Confortés dans notre décision par Hadi, notre ami de Marand (voir Volet 1: l’hospitalité iranienne), nous optons pour ce dernier tracé.
Au niveau de Bumehen, notre route bifurque vers le Nord en direction d’Amol et entreprend de monter à 8% dans des lacets nous faisant savourer la jolie plaine que nous quittons. Telle une étape du Tour de France, nos ravitaillements se font en chemin, nous n’avons plus besoin de  nous arrêter au magasin, les automobilistes par 3 fois nous tendent des fruits et boissons sur le bord de la route… Magique Iran! À 2 370 m, nous atteignons le sommet signalé par une petite mosquée au toit doré. La suite est une descente sur 20 km dans la vallée entre de hautes montagnes arides et au travers de 16 tunnels dont certains ne sont pas éclairés; il nous faut attendre le passage d’un véhicule pour se guider à la lumière des phares.

[Since Tehran, 2 routes head to the East of the country and Mashhad, last city before Turkmenistan. With a length of 900 km, the first route through Semnân, Sharud and Sabzevâr is the shortest. However, the road is right at the limit of the Semnân desert (Semnân Dašt-I kavīr) and cities, supply points, are considerably spaced. The second, with a distance of around 1 100km , goes up to the Caspian sea from Tehran and draw a crescent down to Mashhad. It includes 2 challenging stages: the mountains of Alborz Māzandarān pass and the crossing of the Golestan National Park. Reinforced in our decision by Hadi, our friend from Marand (see Part 1: hospitality in Iran), we opted for this latter.

At bumehen, our road turned North towards Amol and began climbing to 8% in laces offering a splendid view over the pretty plain that we were leaving. Like a stage of the Tour de France, the supplies were given on the way, we no longer needed to stop in shops, drivers by 3 times gave us fruits and drinks on the roadside… Magic Iran! At 2 370 m, we reached the top by a small mosque with golden roof. From there, there was a 20 km descent in the valley between high and arid mountains and through 16 tunnels among some of which are not lit, so we had to wait for the vehicles to progress in the light of their headlights.]


Lors d’un contrôle routier, un shérif vient à notre rencontre accompagné d’un jeune officier. Quelques mots en perse, le plus ancien des deux souffle probablement la procédure au novice qui en vient à contrôler nos vélos. Parlant anglais, ce dernier prend les questions de son chef en perse d’un côté et se retourne vers nous pour nous les soumettre. Celui-ci tournant autour de nos vélos, nous apercevons le donneur d’ordre, sourire aux lèvres, observer son apprenti avant que ce dernier adresse, dans un ton aussi sérieux qu’un juge dans un palais de justice: « Vous n’avez pas de plaque Monsieur? ». Sentant bien la blague du chef, nous confirmons son observation et ne pouvons nous empêcher de rire, à son grand étonnement, en lui jurant que nous sommes des « très bons chauffeurs de vélos » lorsqu’il nous demande de présenter nos permis de conduire…

[During a traffic control, a sheriff came to us with a young officer. A few words in Persian, the oldest of the two probably gave the procedure to the novice who checked our bikes. English speaker, the latter took questions from his boss in Persian on one side and turned back to us to submit them in English. Going around our bikes, we saw the older, smile on lips, looking at his apprentice before the latter addressed, in a tone as serious as a judge in a court: « you have no plate Mister? ». We quickly felt the joke from the boss, we confirmed his observation and could not keep our laugh, when we dared him that we were « very good bicycles drivers » after he asked us to show our driver’s license…]

De l’autre côté de la montagne, à l’approche d’Amol, nous plongeons dans un décor de verdure où les agriculteurs y cultivent riz et maïs. Les températures sont plus douces mais nous sentons une épaisse humidité dans l’air. Nous atteignons la Mer Caspienne au niveau de Mahmudabad, un réel bol d’air et une envie d’un bain frais aussi. Cependant sur cette plage, nous ne pouvons profiter d’une baignade ensemble puisque deux énormes bâches bleues séparent les hommes des femmes. En longeant la côte, nous atteignons une plage où tout le monde semble nager dans le même bain (tenue intégrale exigée pour les femmes). Nous plantons notre tente à côté de la cabane de « Madame douches » qui nous offre un lavage gratuit et un local pour laisser nos vélos en sécurité pendant la nuit. Nicolas enfile son maillot et s’en va faire un plongeon, non sans attirer le regard des baigneurs, sûrement interloqués par les étranges variances de couleur sur son corps. Les plus curieux viennent à sa rencontre dans l’eau.
[On the other side of the mountain, approaching Amol, we dove into green landscapes where farmers grow rice and corn. The temperatures were cooler but we felt a thick humidity in the air. We reached the Caspian sea in Mahmudabad, a real breath and we wanted to have a cool bath. However, on this beach, we could not enjoy a bath together since two huge blue sheets separated men and women. Along this coast, we found a beach where everyone seemed to swim in the same bath (long dress and veil required for women). We pitched our tent by the « Mrs. showers » shed who offered us a free shower and a room to leave our bikes safe during the night. Nicolas put his swim shorts on and went for a dive, not without attracting the looks of swimmers, surely shocked by the strange variances of colour on his body. The most curious came to him for a chat in the sea.]


En quittant la côte de la Mer Caspienne, nous passons Babol sur une route plate au trafic dense et à l’air bien chargé en pollution en cette chaude journée. À Qaem Shahr, nous cherchons un kebab et tombons sur deux restaurants côte-à-côte. Le premier pratiquant des prix anormalement élevés, nous allons chez le voisin où les 4 serveurs viennent à notre rencontre, rapidement rejoints par le vendeur d’à côté, un policier puis deux passants parlant anglais. Tout ce monde là se met à parler perse et anglais puis à chiffrer les prix en Dollars, Rials et Tomans, à tel point que nous en sommes perdus mais nous prenons place tout de même en terrasse, sous le regard des locaux assistant au divertissement de leur journée. Comme dans tout restaurant kebab en Iran, nous choisissons notre viande en vitrine réfrigérée: poulet, boeuf ou viande marinée dans des épices, puis nous sommes servis de cette viande quelques minutes plus tard après un passage sur le grill. Les boulangeries iraniennes fabriquent deux principaux types de pain: le Sangak (qui signifie pain « cuit sur cailloux »), pain de forme rectangulaire et allongée, cuit au four sur un lit de petits galets ou de graviers, et le Lavash, fine galette moelleuse quand il est frais, qui a tendance à devenir « cartonnée » en séchant. On nous apporte une brochette de poulet, une brochette de viande marinée et 5 tranches de lavash. Voyant que nous ne démarrons pas les hostilités, le serveur nous fait signe que nous pouvons commencer à manger puis nous montre la façon académique pour avaler le kebab. Nous lui faisons comprendre qu’il y a 20 jours que nous sommes en Iran et que nous avons déjà goûté au kebab mais que nous attendons plutôt les accompagnements. Surpris, notre compère rameute le même groupe qui nous avait épelé, mimé, chiffré et déchiffré le menu mais finalement choisi « l’appel à un ami » qui parle anglais et nous lui expliquons la situation. Soulagement et rires amicaux dans l’assemblée lorsqu’ils comprennent que nous souhaitions un « Chelo Kebab » servi avec du riz, des tomates, oignons et herbes fraîches dans un restaurant qui ne propose que le simple kebab. En un instant, le serveur sort de sa poche un billet puis envoie son collègue au coin de la rue, dans un autre restaurant, pour y commander une portion de riz mais nous l’interceptons dans son élan en lui assurant que ce que nous avons est suffisant. Semblant plus embarrassés que nous le sommes, deux des serveurs se joignent à notre table pour bavarder à la fin de leur service et refusent d’encaisser le déjeuner de la dernière table de leur journée… Les températures ont grimpé durant la pause et ces derniers nous convient à poursuivre la discussion autour d’un thé dans la salle climatisée du restaurant voisin, celui dans lequel nous étions passés demander les prix auparavant, au grand étonnement du patron.

[After leaving the coast of the Caspian sea, we passed through Babol on a flat road with heavy traffic and high air pollution in this hot day. In Qaem Shahr, we were looking for a kebab and came across two restaurants side by side. The first practicing prices abnormally high, we went to the neighbour’s place where 4 waiters came to meet us, soon joined by the sales assistant nearby, a policeman then two English-speaking passers-by. All those individuals started talking Persian and English then costing prices in US dollars, Rials and Tomans, to the point that we got confused but we took place in the outside seating area all the same, under the look of locals attending the entertainment of their day. As in many kebab restaurants in Iran, we choose our meat displayed in a refrigerated showcase: chicken, beef or meat marinated in spices, then we are served with this meat a few minutes later after a passage on the grill. Iranian bakeries make two main types of bread: the Sangak, plain, rectangular, or triangular Iranian whole wheat leavened flatbread, baked on a bed of small river stones in an oven and the Lavash, a soft, thin unleavened flatbread, which tends to become « cardboard » when dry. The waiters brought a chicken skewer, a meat marinated skewer and 5 slices of lavash. Seeing that we were not starting the hostilities, the waiter beckoned us that we could start eating and then showed us the academic way to swallow the kebab. We made him understand that we have been in Iran for 20 days and that we have already tasted the kebab but rather we were waiting for the sides. Surprised, the waiter rounded up the same group of people than below who had spelled, mimed, encrypted and decrypted the menu but finally chose « the call to a friend », English-speaker, and we explained the situation to him. Relief and friendly laughter in the assembly when they all realised that we wanted a « Chelo Kebab » served with rice, tomatoes, onions and fresh herbs in a restaurant that offers only the single kebab. In an instant, the waiter took a banknote out of his pocket and then sent his colleague to the corner of the street, to another restaurant, to order a portion of rice but we intercepted him in his move assuring him that what we had was enough. Seeming more embarrassed than we were, two of the waiters joined our table to chat at the end of their service and refused to cash the lunch of the last table of their day… Temperatures rose during the break and the latter invited us to continue the discussion around a tea in the air-conditioned room of the neighbouring restaurant, the one in which we had asked for prices before, to the great surprise of the boss.]

Il nous faut ici faire un aparté « achat ». En Iran, deux devises monétaires sont utilisées: le Rial iranien et le Toman. Suite à une déflation de leur monnaie, les Iraniens ont décidé de créer une unité plus simple que le Rial en ôtant un 0 à la fin des valeurs. Pour rappel, 1 euro = 45 000 Rials et donc 1 euro = 4 500 Tomans. Dans les magasins, les prix ne sont pas affichés et nous devons demander au marchand le montant de chaque article qu’il nous montre sur sa calculatrice et dont nous devons nous assurer de la devise utilisée (Toman ou Rial). À regarder de plus près, le prix est en fait imprimé sur tous les produits mais il est inscrit en chiffres persans, et il devient une série de caractères incompréhensibles pour deux personnes venant du système cartésien, puisqu’il est renseigné parallèlement avec les dates de fabrication, de péremption, le numéro de lot… Le déchiffrage devient alors une bonne gymnastique pour les cerveaux et pour le produit qui subit généralement de belles galipettes afin de trouver le sens de lecture des chiffres.

[Here we should make a « purchase » aside. In Iran, two monetary currencies are used: the Iranian Rial and the Toman. Following a deflation of their currency, the Iranians have decided to create a unit simpler than the Rial by removing a 0 at the end of the values. As a reminder, 1 euro = 45,000 Rials and therefore 1 euro = 4,500 Tomans. In shops, prices are not displayed and we have to ask the merchant the amount of each item that he shows us on his calculator and then we should confirm the currency used (Toman or Rial). Upon closer inspection, the price is actually printed on all the products but it is written in Persian numerals and it becomes a series of characters incomprehensible for two people coming from the Cartesian system since it is informed in parallel with the date of manufacture, the expiry date, the
batch number… The decoding then becomes a good gymnastics for the brains and for the product which generally undergoes some beautiful somersaults in order to find the right way to read the numbers.]

Nous reprenons notre chemin après le coup de chaleur mais sommes interceptés 10 km plus loin par un marchand qui nous offre des bouteilles d’eau puis ouvre le restaurant adjacent pour nous offrir de la pastèque, des figues fraîches et de la glace au safran. Il nous tend son téléphone et nous sommes mis en relation avec un homme parlant anglais, habitant le village d’à côté, qui souhaite nous inviter pour la nuit chez lui. Cet homme nous fait comprendre qu’il est membre du réseau Warmshowers (site internet pour hospitalité entre cyclistes) mais qu’il est bien malheureux de n’être guère contacté. Il a ce coup-ci deux cyclotouristes dans ses filets qu’il compte bien ramener chez lui et ces derniers ne refusent pas non plus l’offre; après un rapide coup d’oeil au compteur affichant 70 km déjà à 16h. Nous passons une agréable soirée dans ce petit village non loin de Sari où notre hôte est fier de s’afficher à nos côtés en arpentant les rues et en faisant quelques achats pour le dîner. Au travers des rizières, des pommiers, des figuiers, nous visitons les environs et passons même chez les copains et la famille après le dîner.

[We were once again moving forward after the heat stroke but were stopped 10 km away by a merchant who offered us bottles of water then opened the restaurant next door to offer us watermelon, fresh figs and saffron ice-cream. He handed us his phone and we were directly connected with an English speaker, living in the next village, who wished to invite us for the night at his house. This man made us understand that he is a member of the network Warmshowers (website for hospitality between cyclists) but that he is very unhappy not to be contacted by anyone. He had there two cyclists with him that he intended to bring home and we did not refuse the offer, after a quick look at the mileage reader displaying 70 km already at 16h. We spent a pleasant evening in this small village not far from Sari where our host is proud to appear with us by walking the streets and making some purchases for dinner. Through rice fields, apple trees, fig trees, we visited the surroundings and even went to the friends’ and family’s after dinner.] 

Le lendemain, notre journée s’achève à 30 km de Gorgan, ville dans laquelle nous souhaitons renouveler nos visas pour prolonger notre séjour en terre iranienne. Nous cherchons un espace pour planter notre tente et nous demandons à un berger la permission de faire campement pour la nuit dans la prairie dans laquelle il regroupe son troupeau de moutons. Inquiet des moustiques pour notre jeune peau frêle, il nous invite dans sa bergerie, bien gardée par un molosse aux longs crocs blancs et à l’aboiement assourdissant, stoppé dans son envol par une chaîne aussi épaisse qu’une ancre de paquebot. Autour d’une pastèque qu’il rapporte, d’une soupe que nous préparons et d’un sangak, nous passons un agréable moment avec cet homme qui partage tout ce dont il détient. Après une rapide toilette avec l’eau des abreuvoirs des moutons, son ami berger vient compléter la pièce pour la nuit, et nous dormons donc tous les quatre sous une grande moustiquaire.

[The following day, our day ended 30 km from Gorgan, a city in which we wished to renew our visas to extend our stay in Iran. We were looking for an area to pitch our tent and we asked a shepherd for permission to camp for the night in the meadow in which he was gathering his flock of sheep. Worried about mosquitoes for our young frail skin, he invited us to his sheepfold, well guarded by a watchdog with long white fangs and deafening barking, stopped in its jump by a chain as thick as a boat anchor. Around a watermelon he brought back, a soup we prepared and a sangak, we spent a very pleasant moment with this man who shares everything he holds. After a quick wash with the water of the sheep’s troughs, his shepherd friend completed the room for the night, so we all slept under a large mosquito net.]

À Gorgan, après avoir revêtu une chemise et un pantalon entre deux voitures au coin de la rue, Nicolas se présente au bureau de l’immigration. Au bout de la file d’attente, il fait sa demande aux policiers qui l’invitent à s’asseoir dans le couloir entre un Pakistanais et un Afghan. Au bout d’une heure, montrant son impatience aux policiers derrière leur pile de dossiers papiers, l’un d’eux le présente dans un bureau dans lequel il réitère sa demande face à 5 policiers ne parlant pas un mot d’anglais. D’ailleurs c’est le cas de toute la brigade et de la trentaine de visiteurs qui défile pendant 3 heures. Assis avec un thé offert par ces costumes verts, Nicolas trouve enfin un professeur d’université iranien qui parle un parfait anglais et donc peut transmettre le message. Devant leur refus de pouvoir faire une extension de visa ici à Gorgan, Nicolas prétexte être passé à Sari quelques jours avant où on l’avait invité à faire sa démarche à Gorgan. Coup de fil sans réponse à Téhéran, tout se décide avec le chef de la police qu’une salle d’attente pleine attend l’arrivée. Le professeur de l’université, habitué des lieux puisqu’il épaule des étudiants syriens, afghans… à obtenir leur visa, guide Nicolas à suivre le chef dès son arrivée dans son bureau et à s’installer dans un fauteuil en cuir avec les « traitements de faveur ». L’énorme pile de dossiers du jour est déposée par le commandant sur le bureau du chef, les priorités sur le dessus, puis il dépose délicatement un fameux carnet marron en avant poste, le passeport de Nicolas. Expliquant la situation, le professeur vient appuyer le discours du commandant en y glissant des informations déterminantes. Validation du chef donnée, il faut aller payer le prix de l’extension à la banque voisine qui ferme bientôt mais où on s’accorde de faire passer le touriste derrière les guichets pour un thé avec le directeur. Revenu au bureau de l’immigration, le policier en charge butte lorsqu’il atteint la case « date limite du visa », pour deux raisons: la première est de savoir combien de jours le visa peut être prolongé, la seconde est de déterminer quelle date renseigner sachant que nous sommes le 14 Avril 1396 sur le calendrier persan mais le 7 Août 2017 sur le calendrier grégorien… Finalement, à 14h00, soit 5h après son entrée au bureau d’immigration, Nicolas ressort avec un tampon prolongeant son séjour de 30 jours en Iran et retrouve Angélique, en poste de garde des vélos pendant tout ce temps. Angélique se rendra, à son tour, au bureau du chef pour obtenir la validation d’extension de visa. En 2 minutes l’affaire est réglée; le bureau d’immigration fermant ses portes à 14h.

[In Gorgan, after putting on shirt and trousers between two cars at the corner of the street, Nicolas went to the immigration office. At the end of the line, he made his request to the police officers who invited him to sit down in the corridor between a Pakistani and an Afghani. After an hour, showing his impatience to the police officers behind their stacks of paperwork, one of them presented him in an office in which he reiterated his request in front of five policemen who did not speak a word of English. As a matter of fact, it was the case of the whole brigade and the thirty visitors who showed up for 3 hours. Sitting down with a tea offered by these green suits, Nicolas finally found an Iranian university professor who speaks a perfect English and therefore was able to convey the message. Seeing their refusal to perform the extension of the visa here in Gorgan, Nicolas pretended to have been in Sari a few days before where he had been invited to make his move to Gorgan. Unanswered call to Tehran, everything is decided with the chief of the police that a full waiting room was waiting for the arrival. The professor of the university, accustomed to the place since he has supported Syrian, Afghan 
students to obtain their visa, guided Nicolas to follow the boss as soon as he arrived at his office and to sit in a leather armchair with the « preferential treatments ». The enormous stack of paperwork of the day was submitted by the major on the desk of the chief, the priorities on the top, then delicately left a famous brown notebook on top, the passport of Nicolas. Explaining the situation, the professor came to support the major’s speech by adding decisive information. Validation of the chief granted, we then had to pay the price of the extension to the neighbouring bank which should close soon but where it was agreed to let the tourist past behind the counters for a tea with the director. Back in the immigration office, the officer in charge struggled when he reached the « visa deadline » box for two reasons: the first was to know how many days the visa can be extended, the second was to determine what date to be indicated knowing that we were the 14th April 1396 on the Persian calendar but the 7th August 2017 on the Gregorian calendar… Finally, at 14h, 5 hours after entering the immigration office, Nicolas came out with a stamp extending his stay of 30 days in Iran and found Angelique in position of guard of the bicycles during all that time. Angelique, in turn, went to the office of the chief to also obtain the stamp of extension of visa. In 2 minutes the action was settled; with the immigration office closing at 14h.]

Nous atteignons la région de Golestan où, au détour d’une pastèque achetée dans une fourgonnette effectuant sa tournée en campagne, nous rencontrons un professeur d’anglais ravi de parler sa seconde langue avec des étrangers. Il nous informe d’un parc dans la ville de Galikash, d’où il est originaire, où nous pouvons planter la tente. Nous atteignons ce parc excentré à la nuit tombée, accompagnés par 4 motos et 2 cyclistes, tous locaux, et nous sommes accueillis par le surveillant qui nous indique un endroit où poser notre toile. Le parc est rempli de familles iraniennes, toutes assises à dîner sur de jolis tapis traditionnels et on nous apporte des fruits, du thé, du pain, des cuisses de poulet et même du gâteau au chocolat. Au moment d’aller se coucher, discutant avec une famille, un policier se présente et nous fait comprendre que nous ne pouvons passer la nuit dans ce parc. Le professeur d’anglais, arrivé entre temps avec sa femme pour nous rendre visite, tente de convaincre ce shérif, entouré de 3 militaires, en mettant en jeu l’image de l’Iran que nous ramènerons s’il nous expulse des lieux. L’argument fait le poids, nous plions nos affaires devant une trentaine de badauds qui assiste ensuite à notre départ entre la voiture ouvreuse, la police avec gyrophares allumés et la voiture-balai, le professeur nous éclairant la route. Notre escorte se termine au pied d’un hôtel de la ville dans lequel le shérif nous a réservé une chambre pour la nuit, tous frais payés par la police de Galikash. Malheureusement nous n’avons aucune photo du cortège comme il faisait nuit.
[We reached the region of Golestan where, after having bought a watermelon in a mini-van carrying out his round in the countryside, we met a professor of English delighted to speak his second language with foreigners. He informed us of a park in the town of Galikash, where he is native, where we could pitch the tent. We reached this park off-centre at nightfall, accompanied by locals, 4 motorbikes and 2 cyclists, and we were greeted by the security guard who showed us a place to set our tent up. The park was filled with Iranian families, all seated at dinner on pretty traditional carpets and we received fruits, tea, bread, fried chicken and even chocolate cake. When going to sleep, talking to a family, a policeman introduced himself and made us understand that we were not allowed to spend the night in this park. The English teacher, arrived in the meantime with his wife to visit us, tried to convince this sheriff, surrounded by 3 soldiers, by bringing into play the image of Iran that we might bring back if he sent us off from the place. The argument was considered, we packed tent and bags up in front of about thirty onlookers who then attended our departure between the lead car, the police with emergency lights flashing and the broom wagon, the teacher illuminating us the road. Our escort ended at the foot of a hotel in the city centre in which the sheriff had booked a room for the night, all expenses paid by the Galikash’s police. Unfortunately we do not have any picture of the procession as it was night time.]


Dans le Khorasan Nord, région frontière avec le Turkménistan et non loin de sa capitale Ashgabat, nous sommes contrôlés deux fois par des militaires. Le matin, un soldat sort au pas de sa caserne et se met en travers de notre route, puis nous conduit dans un bâtiment grillagé dans lequel les questions habituelles nous sont posées et nos identités vérifiées. À la tombée de la nuit, on nous interpelle depuis une autre caserne pour une vérification de nos visas. Ce dernier contrôle prend du temps, il fait presque nuit, nous demandons au policier la permission de camper à côté du poste. « N’étant pas en sécurité à cet endroit » selon ces hommes de la Défense, un soldat et le policier enfourchent leur moto et nous conduisent à la Croix Rouge Iranienne pour y passer la nuit.

[In Khorasan North, a border region with Turkmenistan and not far from the capital Ashgabat, we were controlled twice by soldiers. In the morning, a soldier came out from his barracks and stood in our way, then led us into a fenced building in which usual questions were asked and our identities verified. At nightfall, we were questioned from another barracks for another check of our visas. This last check took time, it was almost night, we asked the policeman for permission to camp next to the control station. « Not being safe at this place » according to these men of the National Defence, a soldier and the policeman straddled their motorbike and guided us to the Iranian Red Crescent to spend the night there.]


Ayant visité et re-visité le pique-nique, de découvertes en créations, nous nous accordons un kebab ponctuellement, étant bon marché (moins de 3€) et copieux pour des cyclistes affamés. Parfois la table se présente face à nous sur le bord de la route lorsqu’un coffre ouvert nous invite bien souvent à déguster de succulents mets locaux et produits frais.

[Having visited and re-visited the picnic, from discoveries to creations, we bought a kebab punctually, being cheap (less than 3€) and hearty for hungry cyclists. Sometimes the table faced us on the side of the road when an open boot invited us to taste delicious local dishes and fresh produce.]


À vrai dire, jusqu’ici, tout semble rouler sur une route plate au parfait alsphate sauf que nous avons quitté Téhéran sans même savoir ce que nous réserve la suite. En effet, la suite logique est de rejoindre l’Ouzbékistan en passant par le Turkménistan. Cependant, pour se rendre dans ce dernier pays dit « fermé », souvent comparé à la Corée du Nord, il faut obtenir le précieux visa par un moyen: en payant le prix fort, vous êtes autorisés à visiter le pays mais avec un guide à ses côtés H-24 ou en faisant une demande pour un visa de transit, donnant l’autorisation de traverser le pays dans un temps limité (3 ou 5 jours). Il semble que depuis quelques années, les agents chargés de délivrer ces visas de passage se prêtent à un jeu de tirage au sort pour décider des assignations et il est estimé que 50% des demandes sont rejetées. Tout cela pour dire que notre demande faite à Téhéran 10 jours auparavant est en cours d’examination mais nous avons dû prendre la route pour être à temps à la frontière du Turkménistan, les dates d’entrée et de sortie étant fixes. Étant avisés de téléphoner au consulat de Mashhad, où nous récupèrerons nos visas dans le cas où nos demandes seraient acceptées, nous contactons ce Bureau dans un parc public de Shirvan. Au bout du fil, un homme nous annonce que nos visas sont prêts à être récupérés au consulat choisi, nous sautons de joie! Nous pouvons alors continuer de rouler vers l’Est et ne devons donc pas revenir à Téhéran pour prendre un vol au-dessus du Turkménistan.

[To tell the truth, so far everything seems to be rolling on a flat road with perfect alsphat except that we have left Tehran without even knowing what happens after that. Indeed, the logical next step is to reach Uzbekistan by way of Turkmenistan. However, to get to this country called « closed », often compared to North Korea, you need to obtain the precious visa by a means: by paying the high price, you are allowed to visit the country but with a guide 24 hours a day or by applying for a transit visa, giving permission to cross the country in a limited time (3 or 5 days). It appears that in recent years, the officers in charge of issuing these transit visas lent themselves to a random draw game to decide on assignments and it is estimated that 50% of applications are rejected. All this to say that our request made in Tehran 10 days before was still under review but we had to take the road to be on time at the border of Turkmenistan, the dates of entry and exit being fixed. Being advised to call the consulate in Mashhad, where we will collect our visas in case our applications are accepted, we contacted this office in a public park in Shirvan. At the end of the line, a man informed us that our visas were ready to be picked up at the chosen consulate and we jumped for joy! We could continue to ride eastwards and did not have to return to Tehran to fly over Turkmenistan.]

Le 15 Août, nous entrons dans la seconde ville d’Iran, Mashhad. Outre le fait que nous devons y récupérer nos visas pour le Turkménistan, nous sommes amenés à revoir la cousine d’Hadi, Mounir, que nous avions rencontré à Tabriz lors de notre passage. Au détour d’une rue, nous demandons à un Iranien de nous assister pour facilement retrouver Mounir. Pour patienter, cet homme nous invite gracieusement dans son « magasin » que notre amie connaît bien, nous dit-il. Nous n’aurions sûrement pas utilisé ce terme lorsque nous entrons au second étage du bâtiment voisin dans une bijouterie de luxe. Nous avons le droit à une visite guidée du « Palais des montres », nom donné par le vendeur, en sirotant un jus de pommes offert et en se faisant photographier devant Rochas, Ferrari, Caterpillar, Pierre Lannier… par le paparazzi maison; nous étions bien évidemment habillé adéquatement pour l’occasion…

[On 15th August, we entered the second city of Iran, Mashhad. Besides the fact that we had to collect our visas for Turkmenistan, we were led to see again the cousin of Hadi, Mounir, whom we had met in Tabriz during our passage. At the corner of a street, we asked an Iranian to assist us to easily meet Mounir. While waiting for her, this man invited us graciously in his « shop » that our friend knows well, he told us. We certainly would not have used that term when we entered the second floor of the neighbouring building in a luxury jeweller’s. We were entitled to a guided tour of the « palace of the watches », name given by the seller, sipping an offered apple juice and being photographed in front of Rochas, Ferrari, Caterpillar, Pierre Lannier… by paparazzi there; we were of course dressed appropriately for the occasion…]


Nous faisons les retrouvailles avec Mounir chez sa soeur, Zarah, autour d’un succulent repas et nous faisons la rencontre de son neveu, Arash. Initialement seulement conviés pour ce déjeuner et Mounir, ayant son vol pour Tabriz le soir même, nous assure que sa soeur est ravie de nous accueillir pour quelques temps si besoin. Et c’est à partir du moment où nous avons prononcé un « bon d’accord! », que nous avons signé pour une formidable semaine chez Zarah qui, en relais avec Arash, ont été aux petits soins avec nous quotidiennement. Au travers de la cuisine, des visites, des discussions et des rencontres, nous avons comblé ce qui nous avait échappé pendant nos 30 jours en Iran et approfondi notre connaissance du pays.

[We made the reunion with Mounir at her sister’s home, Zarah, around a succulent meal and we met her nephew, Arash. Initially only invited for this lunch and Mounir, having her flight to Tabriz the same evening, assured us that her sister was delighted to welcome us for some time if necessary. And it was from the time we have pronounced a « Ok we agree! », that we signed for a wonderful week at Zarah’s who, in relay with Arash, took extreme care of us daily. Through the kitchen, visits, discussions and meetings, we filled what we had missed during our 30 days in Iran and dealt with our knowledge of the country in depth.]


Ne pouvant entrer au Turkménistan avant la date indiquée sur notre visa (25 Août), nous patientons donc à Mashhad une semaine puis reprenons les vélos, ayant subi leur première révision par des professionnels, vers l’Est de l’Iran.

[Not being able to enter Turkmenistan before the date indicated on our visa (25th August), we stayed in Mashhad for a week and then got our bicycles back, having undergone their first service by professionals, to Eastern Iran.]


Préparés et concentrés sur notre prochain pays à traverser, nous ne nous attendions certainement pas à devoir affronter une région aussi aride que celle qui nous emmène vers Sarakhs, ville limitrophe avec le Turkménistan. Une dernière nuit en Iran, dans un hôtel aux portes du poste frontière, un tour de taxi offert par un brave chauffeur, quelques achats pour dépenser nos derniers Rials (ou Tomans) et nous sommes fin prêts à tourner la page de l’Iran après 41 jours et pas moins de 2 200 km.

[Prepared and concentrated on our next country to cross, we certainly did not expect to face a region as arid as the one that took us to Sarakhs, border town of Turkmenistan. One last night in Iran, in a hotel at the gate of the border post, a taxi ride offered by a good driver, some shopping to spend our last Rials (or Tomans) and we were ready to turn the page of Iran after 41 days and not less than 2,200 km.]

Note: Cet article a été publié lorsque nous étions à Osh (Kirghizistan)/ This blogpost was published when we were in Osh (Kyrgyzstan)

À voir: Ils en parlent

 

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