Merhaba,

Après des semaines passées à user de son bitume, nous quittons la route D010 avant la ville de Rize en direction d’Erzurum. Nous quittons aussi la Mer Noire et sa couleur grise du jour pour faire face à un énorme nuage blanc recouvrant les montagnes qui se dressent au loin. D’un climat pontique, la région subit de nombreuses précipitations tout au long de l’année, même l’été. Nous ne tardons pas à a l’observer lorsqu’une pluie torrentielle s’abat sur nous à l’approche des collines de l’arrière pays de Rize, sur lesquelles se sont construits des villages quasiment suspendus dans le vide.

[After weeks spent using its bitumen, we left the road D010 before the town of Rize in the direction of Erzurum. We also left the Black Sea and its gray color that day to face an enormous white cloud covering the mountains that stood in the distance. With a pontic climate, the region suffers from numerous precipitations throughout the year, even during the summer. We soon observed it when a torrential rain fell on us as we approached the hills of the hinterland of Rize, on which are built villages almost suspended in thin air.]


La région de Rize vit surtout de l’exploitation et de l’exportation par voie maritime du thé, la plus importante production agricole de la région. Nous traversons donc des plantations de thé vertes Coeur d’Emeraude et des usines de séchage affichant leur marque phare.

[The region of Rize is mainly involved in the growing and export by sea of tea, the largest agricultural production in the region. We therefore crossed green tea plantations and drying plants displaying their flagship brand.]

Les cyclistes, oranges Teint Bronzé depuis quelques temps, ne peuvent que se réfugier sous un préau de restaurant afin d’empêcher cette pluie de rincer leur couleur. La route étant un axe coincé entre deux montagnes, le choix n’est pas extensif lorsqu’un village se présente à notre hauteur et non pas à 100 mètres au dessus de nos têtes pour trouver un coin pour passer la nuit. Nous dormirons pour le coup dans la cour d’un immeuble, aidés par une famille vivant dans le bâtiment.

[Cyclists, orange tanned complexion for some time now, could only take refuge under a restaurant yard to prevent this rain from rinsing their colour. The road being an axis stuck between two mountains, the choice was not extensive when a village appeared at our height and not at 100 metres above our heads to find a spot to spend the night. We therefore slept in this istance in the courtyard of a building, helped by a family living there.]

Ayant planifié notre route auparavant, nous sommes conscients qu’une étape de montagne nous attend lorsque nous faisons cap vers le centre de la Turquie. Étant quasiment lassés de cette autoroute plate longeant la Mer Noire, nous attendons ce challenge avec impatience même si nous redoutons cette longue et fastidieuse route, quoique bien préparés. Une chose qui n’est pas encore contrôlée par l’Homme, fort heureusement, ce que nous ne pouvons pas prévoir d’une certaine façon, c’est la météo. A mi-chemin de cette montée de 44 km à 6-7%, et après avoir refusé l’offre alléchante de charger nos vélos dans un van pour accélérer notre ascension, nous entrons dans une étendue de brume et de fine pluie qui nous plonge dans des conditions hivernales. La visibilité se réduit à 50 mètres maximum, les températures chutent à 7°C, le vent se lève au dessus de 1 800 mètres et Angélique sort ses vêtements d’hiver utilisés au début du voyage.

[Having prepared our route before, we were aware that a mountain stage awaited us as we headed towards central Turkey. Being almost tired of this flat highway along the Black Sea, we awaited this challenge with impatience even if we dreaded this long and tedious road, although well prepared. One thing that is not yet controled by human beings, fortunately, what we can not predict in a certain way is the weather. Halfway through this 44 km to 6-7% climb, and having refused the tempting offer to load our bikes in a van to accelerate our ascent, we entered a extent of mist and fine rain as we could get in winter conditions. Visibility is reduced to 50 metres maximum, temperatures dropped to 7°C, wind rose above 1,800 metres and Angelique took out her winter clothes used at the beginning of the journey.]



Après 2 325 mètres de dénivelé positif sur 50 km, nous atteignons le Ovit Daği à 2 640 mètres, avec le sentiment d’avoir accompli un exploit tellement nous nous demandions ce que nous faisions sur cette route que nous distinguions à peine. La seule musique qui nous parvenait était celle des moteurs de véhicules que nous ne voyions qu’au dernier moment ou d’engins de travaux publics occupés à transpercer et à amaigrir la montagne, pour y implanter le tunnel du Mont Ovit, long de 14 km, en construction depuis 2012.

[After 2,325 metres of positive ascent over 50 km, we reached the Ovit Daği at 2,640 metres, feeling that we had achieved such a feat that we wondered what we were doing on this road that we hardly distinguished. The only music that came to us was the one of the vehicle engines that we saw only at the last moment or of public works engines busy drilling and depleting the mountain to build the 14 km long Mount Ovit tunnel, under construction since 2012.]

Nous sommes félicités par des automobilistes qui étaient fiers d’avoir réussi à passer ce col avec leur Toyota Yaris mais ne s’attendaient pas à trouver deux cyclistes à cette hauteur et dans ces conditions. Après la séance photos, ils s’assurent que le poids de notre chargement est assez élevé pour atteindre la vallée sans pédaler et pour cela ils nous fourrent fruits, légumes, pains et boissons dans les sacoches.

Ce qui tient en haleine les grimpeurs est l’idée de savoir que bien souvent ils trouvent de l’autre côté une belle descente dans la vallée. Celle-ci en vaut le détour tant par sa facilité, quoique fatigante pour les plaquettes de frein et les doigts qui les actionnent, que par la beauté de son environnement. En effet, nous dévalons les 34 km au travers de nuages de brumes que le vent balaie découvrant les montagnes ensoleillées et les recouvrant 1 minute plus tard. 1 900 mètres en dessous du sommet, nous rentrons dans la ville d’Ispir avec des affaires séchées par le vent et le soleil qui ont accompagné le dernier tier de notre dégringolade.

[We were congratulated by motorists who were proud to have managed to pass this summit with their Toyota Yaris but did not expect to find two cyclists at this height and under these conditions. After the photo shoot, they made sure that the weight of our load was high enough to reach the valley without pedaling and for that they shoved fruits, vegetables, bread and drinks in the panniers.

What keeps the climbers in suspense is the idea of knowing that on the other side they often find a beautiful descent into the valley. This one was worth the detour as much by its facility, although tiring for the brake pads and the fingers that actuated them, as by the beauty of its environment. Indeed, we went down the 34 km through clouds of mists that the wind swept over the sunny mountains and covered them 1 minute later. 1,900 metres below the summit we arrived in the city of Ispir, with clothes dried by the wind and the sun that accompanied the last tier of our downfall.]


Pour conclure cette journée, il fait nuit lorsqu’un agriculteur nous autorise à planter notre tente dans son champ, dont un de ses arceaux se sectionne en deux et nous devons lui donner une forme de tipi, en espérant qu’elle survive à l’orage qui éclate cette nuit-là.

Ispir étant localisé dans une vallée, il nous faut franchir une autre barrière naturelle montagneuse. Le temps est clair, le décor ravissant et la route inclinée à 5% sur 20 km nous amène sagement au sommet à 2 349 mètres, non sans avoir refusé quelques offres de transport.

[To conclude that day, it was dark when a farmer authorised us to pitch our tent in his field, but one of the hoops snapped into two and we had to give it a form of teepee, hoping that it survived the storm that broke out that night.

Ispir being located in a valley, we had to cross another mountainous natural barrier. The weather was clear, the decor ravishing and the road inclined to 5% on 20 km took us wisely to the top at 2,349 metres, not without having refused a few offers of transport.]


Nous immortalisons le troisième et dernier sommet sur notre itinéraire, à la suite duquel la route s’aplanit et nous retrouvons la fameuse D100 quittée à Istanbul.

A hauteur de la jonction pour Erzurum, nous traversons un barrage militaire contrôlant la grande voie. La ville est en ligne de mire, elle paraît proche mais nous ne l’atteignons que 15 km plus loin au bout de cette longue ligne droite et par des températures très chaudes.

[We immortalised the third and last summit on our itinerary, after which the road was flattened and we were back on the famous D100 left in Istanbul.

At the junction for Erzurum, we crossed a military barrier controling the main track. The city was in the crosshairs, it seemed close but we reached it only 15 km further at the end of this long straight and by warm temperatures.]

 

Assis à l’ombre sur la place de la Mosquée Lala Paşa Cami, Omer, notre Couchsurfer sur place et son amie Saliha venue d’Ankara, curieuse de voir des Français pédalés dans son pays, nous rejoignent.

Accuillis dans un très bel appartement, nous sortons pour un kebab le soir venu où Nicolas tente, en vain, de tenir plus de 2 minutes en face de ce plan de cuisson où il fait plus de 50 degrés.

[Sitting in the shade in the square of Lala Paşa Cami Mosque, Omer, our Couchsurfer here and his friend Saliha from Ankara, curious to see two French pedaling in her country, joined us.

Welcomed in a very nice apartment, we went out for a kebab in the evening when Nicolas tried, in vain, to stay more than 2 minutes in front of this cooking hob where it was more than 50 degrees.]

Nous avons prévu un peu de temps de repos à Erzurum et Ömer est bien décidé à nous faire découvrir sa ville et ses environs, en commençant par prendre de la hauteur pour contempler sa géographie. C’est sur les pentes du Palandöken, dans la station de sports d’hiver, que nous rejoignons un café en altitude (2 600 mètres et 600 mètres en dessous du sommet) pour y savourer un typique petit déjeuner à la manière turque.

[We have planned a little rest time in Erzurum and Ömer is determined to let us discover his city and surroundings, starting by taking the height to contemplate its geography. On the slopes of the Palandöken, in the winter sports resort, we reached a coffee at high altitude (2,600 metres and 600 metres below the summit) for a typical Turkish breakfast.]


En redescendant sur le haut plateau arménien, nous suivons nos guides qui nous offrent une profonde visite guidée de la ville, autrefois arménienne puis géorgienne mais aujourd’hui qui appartient à l’Anatolie Orientale. Quelques vestiges de l’Histoire donnent à Erzurum un attrait architectural mais elle est surtout connue pour son université Attatürk avec plus de 40 000 étudiants et est, bien entendue, un passage incontournable pour tout skieur l’hiver.

[Going down the Armenian high plateau, we followed our guides who offered us a deep guided tour of the city, formerly Armenian and then Georgian but now belonging to Eastern Anatolia. Some of the vestiges of history give Erzurum an architectural appeal, but it is best known for its Attatürk university with more than 40,000 students and it is naturally a must for any skier in the winter.]


A l’ambassade de la République Islamique d’Iran, nous récupérons nos visas pour la suite de notre route et y faisons la rencontre d’un couple de Hollandais, Mike et Maud, voyageant dans un extraordinaire camion de pompiers réaménagé.

[At the Embassy of the Islamic Republic of Iran, we collected our visas for the next country and met a Dutch couple, Mike and Maud, traveling in an extraordinary refurbished fire truck.]

Nous faisons route sur la D100 en direction d’Ağri puis de Doğubayazit où nous avons pour repère le Mont Ararat et ses 5 600 mètres. Malheureusement, nous avions hâte de le découvrir mais il ne se découvre pas de la journée, une colerette lui cache la tête et sa robe est sombre voire noire. Nous ressentons déjà l’Iran par le nombre de camions affichant un “I.R.” sur leur plaque et puis lorsqu’un automobiliste se gare pour nous inviter chez lui à Tabriz, dans l’Ouest du pays pour y passer la nuit.

[We were on the D100 towards Ağri then Doğubayazit where we had the Mount Ararat and its 5,600 metres as a landmark. Unfortunately, we were eager to discover it but it did not clear up that day, a collar hiding its head and its dress was dark or even black. We already felt Iran by the number of trucks displaying an « I.R. » on their plate and then when a motorist parked to invite us to his home in Tabriz, in the west of the country to spend the night.]


Doğubayazit est la dernière ville turque sur notre route avant la frontière iranienne. Nous nous aventurons dans le centre dont le bitume a été retiré, obligeant les cyclistes à rouler sur de gros graviers dans un nuage de poussière et donnant aux adolescents ennuyés de la ville un outil de jeu. Doğubayazit ne faillit pas à sa réputation lorsque Nicolas entend le gravier frapper le métal de son cadre à la suite d’un majestueux lancer d’un “gamin”, depuis un parc à 20 mètres.

Nous quittons cette ville qui nous laisse une image grise et froide pour trouver un campement pour la nuit. L’orage menaçant nous pousse rapidement à bifurquer vers une butte de terre, au pied d’une montagne, derrière laquelle nous sommes à l’abri du vent. Nous apercevons un observatoire perché sur une colline à 100 mètres de notre site d’où, probablement, des soldats turcs surveillent cet axe très militarisé depuis Erzurum. Au moment d’aligner nos matelas dans la tente déjà plantée, deux énormes détonations suivies d’une rafale de 15 tirs éclatent en provenance du poste de militaires. Vraisembalement ces derniers ne veillent pas seulement, ils se montrent pour le coup plutôt actifs… Cachés derrière notre butte dans la pénombre, que faire? Monter en haut de la butte en agitant le Gwen Ha Du ou notre maillot blanc Noret? Appeler la police qui ne parle pas un mot d’anglais et nous qui ne savons pas dire lance-mortier ou fusil d’assaut? Se convaincre que l’orage qui éclate au loin produit des sons originaux dans cette région? Et bien en fait nous nous disons qu’il est fort improbable que ces militaires n’aient pas vu deux casques bleu et blanc aux équipements arc-en-ciel et aux sourires Colgate venir faire briller leur chars au pied de leur donjon et nous poursuivons donc notre petit train-train. L’expérience se renouvelle dans la nuit lorsqu’à 2h nous sommes brutalement tirés de notre sommeil par les mêmes détonations qui claquent dans la vallée.

[Doğubayazit was the last Turkish city on our itinerary before the Iranian border. We ventured into the centre from which the bitumen was removed, forcing the cyclists to ride on large gravel in a cloud of dust and giving the boring teenagers of the city a tool of play. Doğubayazit did not fail to its reputation when Nicolas heard the gravel hit the metal of his bicycle frame following a majestic throw of a « kid » from a park at 20 metres.

We left this city which left us a gray and cold image to find a camp for the night. The threatening storm pushed us quickly to fork towards a mound of earth, at the foot of a mountain, behind which we were sheltered from the wind. We saw an observatory perched on a hill 100 metres from our site where, probably, Turkish soldiers were monitoring this very militarised section since Erzurum. When we lined up our mattresses in the tent already set up, two huge detonations followed by a burst of 15 shots from the military post. In all likelihood, the latter did not only supervise, they appeared in this instance rather active… Hidden behind our mound in the darkness, what to do? Go up the hillock while waving the Gwen Ha Du or our white Noret jersey? Call the police who do not speak a word of English and we do not know how to say mortar or assault rifle? To convince ourselves that the storm which bursts in the distance produces original sounds in this region? And in fact we said to ourselves that it was highly unlikely that these soldiers have not seen two blue and white helmets with rainbow equipment and Colgate smiles coming to shine their tanks at the foot of their dungeon and we continued our little grind. The experience was renewed in the night when at 2 o’clock we were brutally taken from our sleep by the same detonations that slammed in the valley.]

Au réveil, méfiance dans le choix de l’endroit des toilettes, nous nous savons bien gardés et nous repartons tranquillement rejoindre notre route sans gestes inutiles. Tranquillement est le mot que nous choisissons pour décrire la patience de ces quelques 500 chauffeurs qui ont aligné leur camion et patientent autour d’un thé en attendant leur tour pour passer sous le scanner iranien de la douane. Un agent de la sécurité nous ouvre un énorme portail pour aller rejoindre la file de voyageurs piétons 200 mètres plus loin dans l’enceinte des douanes.

[When we woke up, mistrust in the choice of the place of the toilet, we knew well guarded and we left quietly to reach our road without useless gestures. Quietly was the word we chose to describe the patience of those few 500 drivers who lined up their truck and waited around a tea while waiting for their turn to pass under the Iranian Customs Scan. A security guard opened a huge portal for us to reach the line of pedestrian passengers 200 metres in the customs office.]

Au terme de 35 jours à divaguer sur les routes, chemins, dans les villes et villages, la Turquie nous soumet à une derrière épreuve: notre sortie se fait dans un couloir grillagé à peine plus large que notre guidon. Nous y laissons donc une dernière empreinte dans ce pays qui a été une magnifique découverte pour nous, celle de nos sacoches sur les barreaux rouges du poste de Gürbulak.

[After 35 days of wandering on the roads, in the towns and villages, Turkey submitted us to a last round: our exit was in a gridded corridor slightly larger than our panniers. We left here a last mark in this country which was a magnificent discovery for us, the one of our panniers on the red bars of the customs post of Gürbulak.]

Note: Cet article a été publié lorsque nous étions à Boukhara (Ouzbékistan) / This blog post was published when we were in Bukhara (Uzbekistan)

A voir: ils en parlent 



Publicités