Merhaba,

Nous sortons de la folle ville d’Istanbul et retrouvons la verdure et le calme de la campagne turque, côté asiatique, sans aucun changement flagrant par rapport à la rive européenne du pays. La boussole est mise sur cap Nord-Est et nous évoluons sur une D020 raisonnablement vallonnée.

A partir de Şile, notre route se dessine le long de la côte de la Mer Noire, principalement sur l’axe majeur mais aussi sur des chemins de traverse nous faisant découvrir de beaux villages côtiers. Malheureusement pour les locaux et heureusement pour les vacanciers, la région mène de grands projets de construction d’infrastructures routières et ces jolis hameaux verront bientôt défiler un bon nombre de véhicules sur une autoroute qui surplombe déjà leurs habitations.

Nous en sommes les premières « victimes » puisque pour faire passer cette belle ligne droite, les camions chargés de terre et de rocher grattés dans les collines verdoyantes arpentent toutes les routes avoisinantes. La tête dans un nuage de gaz d’échappement, les chauffeurs nous donnent un vrai concert de klaxons pour nous encourager à chaque passage de ces poids lourds.

[We left the busy city of Istanbul and found the greenery and calm of the Turkish countryside on the Asian side, without any obvious change in comparison to the European side of the country. The compass was on Cape Northeast and we rode on a reasonably undulating D020.

From Şile, our route took shape along the coast of the Black Sea, mainly on the primary road but also on the cross-roads where we discovered beautiful coastal villages. Unfortunately for the locals and fortunately for the holidaymakers, the county is carrying out major projects of construction of road infrastructures and these pretty hamlets would soon see passing a good number of vehicles on a motorway that already overhung their houses.

We were the first « victims » because in order to construct this beautiful straight line, the trucks loaded with soil and rocks scraped in the green hills around. Heading into a cloud of exhaust, the drivers gave us a real concert of horns to encourage us at every passing of these heavyweights.]


A force de circuler sur des routes en construction sans aucune indication géographique, nous nous retrouvons à l’intérieur des terres turques où nous trouvons des villages assez pauvres, mais des habitants heureux de nous voir, avec de nombreuses fermes et des ateliers de tissage de tapis.

[By traveling on roads under construction without any geographical indication, we found ourselves in the Turkish lands where we found rather poor villages, but happy inhabitants to see us, with many farms and carpets workshops.]

Nous retrouvons la côte peu avant Karasu où étonnement, de grosses villas avec hauts vitrages et récupérateur de chaleur sont alignées dans une localité désertique.

À partir de la limite entre la Région de Sakarya et celle de Düzce, la route D010 que nous suivons à présent va nous faire comprendre que pour obtenir de beaux clichés devant une Mer Noire bleue turquoise, cela se mérite… Au menu de la première journée, après un pique-nique sur le front de mer à Karaburun, 15 km que nous accomplissons en 2h avec des portions à 8-9% de dénivelé positif sous 35°C, nous mettent le doute sur notre capacité physique à rejoindre Ereğly où nous avons planifié un hébergement Warmshower. Nous apprenons par un homme rencontré sur le bord de la route que la région est industrielle et que peu de touristes traversent le coin.

En effet, pour rejoindre l’Est de la Turquie les voyageurs empruntent l’axe le plus direct (D100) que nous avions suivi jusqu’à Istanbul. Mais à la suite d’échanges avec le club des cyclotouristes de Lüleburgaz sur notre itinéraire, nous avons suivi leur conseil et opté pour la route plus au nord, moins monotone et chargée en terme de traffic routier.

[We found the coast shortly before Karasu where astonishment, large villas with high glazing and heat recovery were lined up in a desert locality.

From the boundary between the Sakarya and Düzce Regions, the D010 road that we were following made us understand that to get beautiful shots in front of a turquoise blue Black Sea, you got to earn it… On the menu of the First day, after a picnic on the waterfront in Karaburun, there were 15 km that we accomplished in 2 hours with portions at 8-9% of positive elevation by 35 °C, we doubted on our physical ability to reach Ereğly where we had planned a Warmshowers host. We learnt from a man met by the roadside that the area was industrial and that few tourists passed by.

Indeed, to reach eastern Turkey the travelers take the most direct route (D100) that we used to Istanbul. But after talking with the Lüleburgaz cycling club on our itinerary, we followed their advice and opted for the more northern route, less monotonous and with lighter road traffic.]


Après notre nuit chez un Warmshowers, nous acceptons l’invitation de l’homme rencontré la veille pour un brunch turc chez lui. Le port d’Ereğly se noircit pendant le repas, le bleu de la mer se grise, les nuages commencent à déverser un crachin mouillant et en toute logique nous acceptons l’offre de Mehmet de passer la nuit au sec. Nous prenons le temps de descendre au magasin de vélo en bas de son appartement avec nos deux roues pour y ajuster un clic dans le pédalier et nous afficher en photo avec bannière de sponsors… avant-goût du tour de France. Riche échange avec ce correspondant de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Ankara dans la région, sur la politique actuelle en Turquie, sa position avec l’Union Européenne, le nouveau président élu en France…

[After our night at a Warmshowers’, we accepted the invite of the Man we met the day before for a Turkish brunch at home. The port of Ereğly blackened during the meal, the blue of the sea got grey, the clouds began to pour a wet drizzle and logically we accepted the offer of Mehmet to spend the night at his place. We took the time to pop in the bike shop at the bottom of his apartment with our two wheelers to adjust a click in the pedal and get some snaps with the sponsor banner… foretaste of the tour de France. We spent a great evening with this correspondent of the Chamber of Commerce and Industry of Ankara in the region, talking about the current policy in Turkey, his position with the European Union, the new president elected in France…]

À la sortie d’Ereğly, sur la route montante vers Zonguldak, nous sommes pris dans un nuage de bruine et de brouillard et nous prenons notre pique-nique dans la cabane d’un marchand de fruits et légumes en bord de route, avec corbeille de fruits et thé offerts bien entendu.

[At the exit of Ereğly, on the highway to Zonguldak, we were caught in a cloud of drizzle and fog and we took our picnic in the hut of a roadside fruit and vegetable vendor, with basket of fruits and tea offered of course.]

Nous repartons avec nos vêtements de pluie mais le déluge d’eau a raison de nos équipements et nous sommes contraints de nous réfugier sous un arrêt de bus totalement trempés. Nous ne pouvons guère reprendre sous une route transformée en fleuve et un tonnerre qui fait trembler les tôles de notre abri. 

[We left with our rain clothes but our waterproof clothes couldn’t cope with a deluge of water so we had to find shelter under a bus watching a road transformed into a river and a thunderstorm that made the metals panels of our shed shake.]

Un petit Monsieur aide sa femme et son enfant à monter dans le bus régional puis vient à notre rencontre. La communication est pauvre mais hilarante, nous ne parlons pas turc, il ne parle pas anglais. En se désignant, il se tient les deux oreilles, lève la tête et chantonne « Hallah Hu-Akbar », nous devinons qu’il est musulman; très bien mais cela n’arrange en rien notre affaire. Sauf qu’en deux coups de fil, nous avons une voiture pour les cyclistes et leurs bagages, une fourgonnette pour les vélos et un garage pour les stocker. Nous sommes aussi invités à passer la nuit dans la famille de ce généreux homme. A 20h, après avoir séché nos affaires sur le poêle, nous enfilons des chaussures aléatoires et notre hôte nous conduit à la mosquée.

Nous sommes en plein Ramadan, les musulmans jeûnent du crépuscule jusqu’au moment de la quatrième prière, al-Maghrib. Au coucher du soleil (iftar) les musulmans de Sücülü, le petit village où nous sommes, se retrouvent pour la prière et partagent le repas du soir. Angélique se mêle donc aux femmes qui sont heureuses de l’accueillir, Nicolas s’installe dans une pièce voisine avec les hommes. Notre hôte se positionne au milieu de l’assemblée masculine, enfile un microphone relié à des hauts parleurs, faisant penser à Nicolas, issu d’un milieu chrétien, qu’il doit sûrement faire parti de la chorale du village. Sauf qu’à la suite de ce temps de prière, l’ascension dans le minaret et l’appel de notre compère dans tout le village nous font enfin comprendre qu’il n’est autre que l’Imam, d’où l’imitation théâtrale de sa profession qu’il nous a faite auparavant.

Nous avions refusé de manger un petit en-cas en arrivant chez Kenan par respect pour les pratiquants, geste profondément apprécié, nous sommes conviés à un véritable festin dans la salle du village. Nous partons à la suite du dîner faire une reconnaissance de notre route pour le lendemain, enfin plutôt pour aller rendre visite à la famille vivant à Zonguldak et récupéré sa femme et son enfant partis en bus l’après-midi.

[A small gentleman helped his wife and child to get on the regional bus and then came to meet us. The communication was poor but hilarious, we did not speak Turkish, he did not speak English. Among all theses signs, he mimed something by holding his ears, he raised his head and sang « Hallah Hu-Akbar », then we guessed that he is a Muslim; Very good but that did not help our business. Except that in two phone calls, we had a car for cyclists and their luggages, a van for the bikes and a garage to store them. We were also invited to spend the night in the family of this generous man. At 8 pm, after drying our stuff on the stove, we put on random shoes and our host drove us to the green mosque.

We were in Ramadan, Muslims fasted from twilight until the fourth prayer, al-Maghrib. At sunset (iftar) the Muslims of Sücülü, the small village where we were, met for prayer and the evening meal. Angelique sat with the women who were happy to welcome her, Nicolas took a seat in a room with the men. Our host was positioned in the middle of the male assembly, sticked a microphone connected to loudspeakers, making Nicolas think, from a Christian background, that he was surely part of the village choir. Except that following this time of prayer, the ascent in the minaret and the call of our comrade throughout the village finally made us understand that he is none other than the Imam, hence the theatrical imitation of his profession which he has made to us before.

We refused to eat a small snack on arrival in Kenan (the Imam) in order to respect the practicing, a deeply appreciated gesture, we were invited to a real feast in the village hall. We left after dinner to make a recognition of the road for the next day, in order to pay a visit to the family living in Zonguldak and pick up his wife and child.]


Avant de reprendre notre route là où nous avons été forcés de la laisser la veille, la généreuse famille nous offre un souvenir qui leur est cher: un abat-jour en forme de maison d’une dimension de 40×40×30 cm sur lequel sont inscrits le nom du couple et le nôtre qui vient juste d’y être ajouté. À ce cadeau que Nicolas rentre difficilement dans une de ses sacoches, un pot de confiture de mûres blanches de 1kg nous sera remis… tant de temps passé à limiter les quelques grammes et le volume de nos affaires dans nos bagages et nous voilà reparti avec ces donations touchantes mais encombrantes aussi.

[Before returning to the exact place on the route where we were forced to leave it the day before, the generous family offered us a souvenir which is dear to them: a shade with the shape of a house measuring 40×40×30 cm on which were entered the names of the couple and ours that had just been added. At this gift that Nicolas stuffed with difficulty in one of his bags, a jar of white blackberry jam of 1kg was given… so much time spent limiting the few grams and the volume of our gears and equipments in our luggages and suddenly accepted these touching but cumbersome donations too.]

Note: Nous avons pris le soin de poster rapidement ce cadeau qui est bien arrivé en une seule pièce au domicile des parents de Nicolas.

[Note: We took care of this gift and sent it to Nicolas’ parents.]

La route plonge après la jolie côte jusqu’à Filyos, nous atteignons Bartin puis remontons vers la magnifique station balnéaire et ville portuaire d’Amasra sur la Mer Noire.

[The road dove after the beautiful coast to Filyos, we reached Bartin and then went up to the beautiful seaside resort and port city of Amasra on the Black Sea.]


Sous un magnifique coucher de soleil et à la suite d’une pause bien méritée, le pneu arrière de Nicolas a sûrement dû penser que la journée était terminée et il s’est gentiment étalé de toute sa largeur sur la chaussée, marquant la première crevaison du périple après 5 137 km (Schwalbe güte qualität!). Le temps de repérer le trou dans une mare d’eau, la réparation est probablement trop lente puisque le voisin a le temps de cueillir 2 sacs entiers de mûres blanches et de nous les offrir.

[Under a magnificent sunset and after a well-deserved break, Nicolas’ rear tire must have thought that the day was over and it gently spreaded its full width on the road, marking the first puncture of the journey after 5,137 km (Schwalbe güte qualität!). The time to spot the hole in a pond, the repair was probably too slow since the neighbour had enough time to pick two whole bags of blackberries and offer them to us.]

Nous pensons bien à nos compatriotes français en ce 21 Juin, fête de la musique, lorsque les seules notes que nous entendons sont celles du remou des vagues sur une crique où les locaux nous ont avisé de planter la tente.

[We thought of our French compatriots on this 21st of June, the « Fête de la Musique » (music feast), when the only notes we heard were those of the remou of the waves on a creek where the locals had advised us to plant the tent.]

Nicolas y fait son premier plongeon dans la Mer Noire.

[Nicolas made his first dive in the Black Sea.]

A la suite d’Amasra, la route n’est plus clémente pour des cyclistes voyageant avec des vélos chargés. Les panoramas sont splendides, mais ils doivent se remporter à l’issu d’innombrables ascensions de 10% sur 3-4 km depuis les villages enclavés dans les vallées. Ajoutons à cela que, les températures ayant grimpé, nous remplissons notre sac à eau dès que possible pour subvenir à nos grandissantes soifs. Les descentes sont spectaculaires et nous effectuons même des pauses pour reposer les doigts engourdis, occupés à exercer de courtes pressions sur les leviers de frein. Dans une de ces descentes, Nicolas aura la mauvaise surprise de voir son câble de frein avant se sectionner, ne comptant plus que sur le frein arrière, très approximatif, devant être ajusté à la pause du midi.

[Following Amasra, the road was no longer lenient for cyclists traveling with loaded bikes. The panoramas were splendid, but they must be won after countless 10% climbs over 3-4 km from the villages enclaved in the valleys to the top of the hills. Since temperatures had risen in the last days, we filled our water bag as soon as possible to sustain our growing thirst. The descents were spectacular and we even took breaks to rest the fingers numb, busy to exert short pressures on the brake levers. In one of these runs, Nicolas had the nasty surprise of seeing his front brake cable cut off, counting only on the very bad rear brake, due to be adjusted during the lunch break.]

« Pas étonnant que nous n’ayons pas croisé un seul cycliste depuis Istanbul » prononce Angélique entre deux souffles, un peu épuisée par ces derniers jours de labeur.

Nous en venons à nous demander s’il ne serait pas judicieux de sauter dans un bus pour passer cette région vallonnée et reprendre sur la côte Nord. Nous balayons rapidement cette idée une fois rendu au sommet des bosses avec les encouragements des automobilistes et une fois de plus de magnifiques vues sur Deniz (mer en turc). C’est aussi ce qui fait l’originalité du voyage à vélo: une certaine recherche du dépassement de soi, une satisfaction de franchir de telles étapes qui marquent l’esprit et de voir avancer son petit cycliste sur une carte géographique.

Les journées se sont allongées, les heures après 17h sont les plus agréables, car moins chaudes, et elles offrent de magnifiques couchers de soleil sur la Mer Noire et les pétroliers qui la traversent.

[« No wonder we have not seen a single cyclist since Istanbul » pronounced Angelique between two breaths, a little exhausted by these last days of work.

We were even wondering if it would not be wise to jump on a bus to cross this hilly region and set off again on the North Shore. We swiftly swept this idea once we reached the top of the bumps with the encouragements of motorists and once again magnificent views of Deniz (sea in Turkish). Actually it is what makes the originality of touring by bike: a certain search for the desire to constantly raise the bar and a satisfaction to cross such steps that mark the spirit.

The days lengthened, the hours after 5 pm were the most pleasant because they were less hot and they offered magnificent sunsets on the Black Sea and the oil tankers that crossed it.]

Parfois nous trouvons notre campement au seul éclairage des lampadaires ou à tâtonnements. C’est le cas de cette étape à Özlüce où, étant encore haut sur les falaises, nous avons dû poursuivre dans l’obscurité jusqu’à cette ville. Nous passons notre soirée à la lampe frontale depuis notre demande à planter la tente à l’arrière d’un café jusqu’à l’insertion des guibolles dans leur drap de soie, en passant bien entendu par la gamelle de pâtes luisantes à la lumière. Épuisés de notre longue journée, nous allons rejoindre les bras de Morphée mais nous sommes réveillés par des courbatures que nous croyons dues à l’effort fourni sur nos deux roues. Au petit matin, nous avons bien des courbatures aux lombaires mais la cause est toute autre que celle évoquée. Dans le noir, notre terrain est un des plus plats et spacieux que nous avons eu jusque là. Sauf que le paysagiste de la commune a sûrement dû achever son travail la veille en taillant tous les arbustes aux alentours qui sont une variété d’épineux, déposant au sol une quantité incroyable d’aiguilles dont quelques unes venues passer la nuit avec nos matelas. Ces derniers que nous avons délicatement choisi chez un fabriquant irlandais sont ainsi passés d’une épaisseur de 4 cm après gonflage à environ 0.5 cm pendant notre sommeil, ajoutant un +7 à notre compteur des crevaisons.

[Sometimes we found our camp only by lighting the streetlights or by trial and error. This was the case during this stage in Özlüce where, being still high on the cliffs, we had to continue in the darkness to this city. We spent our evening with the head lamp since the request to pitch the tent in the back of a coffee shop until the introduction of the cyclists in their silk cloth while passing by the bowl of shining pasta with the light. Exhausted from our long day, we nodded off to dreamland but we were awakened by aches that we believed due to the effort provided on our two wheelers. In the early morning, we had a lot of aching lumbars but the cause was quite different than the one mentioned. In the dark, the field is one of the flattest and spacious we had so far. Except that the city’s landscaper had probably finished his work the day before by trimming all the shrubs in the surroundings which were a variety of thorny tree and then dropped an incredible quantity of needles of which some came to spend the night with our mattresses. The latter we delicately picked from an Irish manufacturer had gone from a thickness of 4 cm after inflation to about 0.5 cm during our sleep adding a +7 to our puncture counter.]

Les conditions de route se détériorent à partir de Gemiciler avec, en premier lieu, le bitume qui fond étonnement par 42°C dans un pays où ces températures sont pourtant communes l’été. Puis nous traversons une interminable série de travaux où la route n’est que chemin de terre avec énormes graviers que nos roues n’apprécient guère.

[The road conditions got bad after Gemiciler with first the bitumen which melted surprisingly by 42°C in a country where these temperatures are common in the summer though. Then we went through an interminable series of works where the road was nothing but a dirt road with enormous gravels which our wheels did not really appreciate.]


Le soir de Baïram (nom donné à l’Aïd en Turquie), pendant lequel la fin du mois du jeûne du Ramadan est célébré, nous atteignons Türkelli, où nous avons droit nous aussi à nos étrennes distribuées par les familles attablées. Nous plantons notre tente dans un port de plaisance où les pêcheurs défilent au petit matin pour aller gaudiller au large. L’un d’entre eux, très matinal, nous sort 3 belles prises de son sceau plein à 6h du matin lors de notre petit déjeuner et nous les offre. Les bactéries se déploient vite dans le poisson pêché, le déjeuner est encore loin et nous transportons nos vives à vélo en plein été: mission maintien en vie des morts! Enveloppés dans du papier journal puis dans une serviette avec 2 bouteilles d’eau froide que nous renouvelons régulièrement, nos 3 compagnons se font écailler le dos et dorer les filets auprès d’une fontaine sur le bord de la route.

[The evening of Bairam (name given to Aïd in Turkey) during which the end of the fasting month of Ramadan is celebrated, we reached Türkelli where we were also entitled to gifts distributed by the families. We put up our tent in a marina where the fishermen paraded in the early morning. One of them very early took out 3 beautiful takes from his full seal at 6 am during our breakfast and offered them to us. The bacteria spread rapidly in the caught fish, lunch was still far away and we transported our supplies by bike in summer: « mission: keep alive the dead! » Wrapped in newspaper then in a towel with 2 bottles of cold water that we regularly renewed, we scaled the three companions and browned the fillets by a fountain on the side of the road.]

Durant ces trois jours de fête, nous sommes régulièrement invités à venir nous asseoir au milieu des grandes familles réunies dans leur jardin autour d’un succulent repas. Les membres d’une famille reviennent de l’étranger ou traversent tout le pays pour venir célébrer cet événement avec leurs proches. Nous buvons probablement plus de centilitres de thé que nous ne faisons de kilomètres ce week-end là et l’ordre des plats a totalement disparu; nous mangeons une baclava dans un jardin puis passons à la soupe dans le suivant, prenons un chocolat avant d’attaquer le plat principal… bref nous devons même décliner certaines de ces invitations. 

[During these three days of celebration, we were regularly inviting to sit among the large families gathered in their garden around a succulent meal. Family members come back from abroad or cross the country to celebrate this event with their loved ones. We probably drank more centilitres of tea than we did kilometers that weekend and the order of the dishes totally disappeared; we ate baclavas in a garden and then we went to the soup, swallowed a chocolate before savouring the main course… we even had to decline some of these invitations.]

Nous sortons tranquillement de la région de Kastamonu qui nous laissera néanmoins un très beau souvenir par sa nature verdoyante, ses falaises accidentées plongeant dans la mer Noire, un joli mélange des paysages marin et montagnard.

Nous faisons la boucle pour sillonner les rues de Sinop, située sur une presqu’île, nous y découvrons les ruines de son château et la plus ancienne prison de Turquie datant de l’Empire Ottoman.

[We quietly left the area of Kastamonu which nevertheless left us a very beautiful memory by its verdant nature, its rugged cliffs plunging in the Black Sea, a nice mixture of the sea landscapes and mountains.

We looped through the streets of Sinop on a peninsula and discovered the ruins of its castle and the oldest prison in Turkey dating back to the Ottoman Empire.]

La D010 s’applatit sur la côte Nord mais un vent de face s’est installé lorsque nous faisons route vers Gerze. Dans cette ville, nous rencontrons un très sympathique couple de Warmshowers, Elif et Yalçin, vivant dans une belle demeure centenaire. Nous formons un groupe de 4 cyclistes que les gens admirent lorsque nous faisons briller nos montures sur le front de mer.

[The D010 flattened on the north coast but a head wind settled when we were heading to Gerze. In this town a very friendly couple of Warmshowers, Elif and Yalçin, living in a beautiful century-old mansion was waiting for us. Then we formed a group of 4 cyclists whom people admired when we shined our two-wheelers on the waterfront.]

Nous admirons un joli coucher de soleil sur la ville et les hautes montagnes avoisinantes depuis la jetée du port en nous accordant une bière fraîche, avant de partager un dîner concocté par Elif.

[We admired a lovely sunset over the city and the surrounding high mountains from the harbor pier, treating ourselves with a cold beer before sharing a dinner concocted by Elif.]

La route jusqu’à Samsun est plate comme une galette et nous dévalons les kilomètres à 20km/h de moyenne. A la suite d’une nuit dans la cour d’un collège, Nicolas doit appliquer une deuxième rustine sur sa chambre à air arrière qui s’est faite transpercer par un morceau de câble métallique.

[The road to Samsun was flat like a pancake and we rode it by 20km/ph on average. After a night in the courtyard of a college, Nicolas had to apply a second patch on his rear inner tube which was pierced by a piece of wire.]

Dans la ville de Samsun, ses 650 000 habitants et son trafic dense, nous sommes hébergés par Salim, propriétaire du magasin Moda Bisiklet, dans lequel nous passerons la nuit allongés entre les dérailleurs, les câbles de frein et les pneus.

[In the city of Samsun, its 650,000 inhabitants and its heavy traffic, we were hosted by Salim, owner of the store Moda Bisiklet in which we spent the night laid between derailleurs, brake cables and tires.]

Étant un warmshowers incontournable de Samsun, Salim nous a demandé la permission pour héberger un autre cycliste la même nuit et nous faisons donc la rencontre de Maik, Allemand, voyageur de longue date et novice cycliste depuis Niž en Serbie.

[Being a must-see warmshowers in Samsun, Salim asked for permission to host another cyclist the same night and therefore we met Maik, German, a long-haul traveler and novice cyclist from Niž in Serbia.]

L’autoroute de Samsun est plate voire monotone et nous regrettons presque ces moments de galère dans la région de Bartin. A Ordu, nous sommes accueillis par un jeune homme et sa famille, relation d’un Warmshowers étudiant l’anglais dans un institut privé de la ville.

[The Samsun motorway was flat, even too monotonous and we almost regretted these moments of pain in the region of Bartin. In Ordu, we were welcomed by a young man and his family, a relationship of a Warmshowers studying English in a private institute of the city.]


Nous sommes invités par l’enseignante d’anglais turque pour assister à la première heure de son cours, dans le but d’avoir un échange interactif avec son groupe sur un sujet original. Malgré un début timide de la part de ces jeunes, nous répondons à leurs questions sur notre voyage à vélo et sur notre vie en tant qu’Européens; la plupart d’entre eux rêvant d’émigrer vers l’Ouest une fois la langue de la Reine en poche.

[We were invited by the English teacher to attend the first hour of her class in order to have an interactive exchange with her group on an original subject. Despite a timid start by these young people, we answered their questions about our bicycle journey and our life as Europeans, most of them dreaming of emigrating to the West once the Queen’s language in their pocket.]


L’hospitalité se multiplie tout au long de notre route. Les Turcs nous ouvrent leur portillon pour planter la tente, leur porte d’entrée pour le thé et leur salle de bain pour prendre une douche.

[The hospitality continues along the way. The Turks open their doors to pitch the tent, their front door for tea and their bathroom to take a shower.]


Nous passons les 6 000 km dans la baie de Trabzon, ville dans laquelle nous faisons étape puisque nous avons planifié d’y passer un certain 3 Juillet là-bas et de nous reposer le temps d’une journée. Nous prenons le temps de nous installer à la table d’un restaurant pour un fameux kebab, dans sa région d’origine puisque perse et ottoman, de déambuler dans les rues du bazar et de reposer la gomme de nos pneus.

[We passed the 6,000 km in the bay of Trabzon, city in which we made a stage since we planned to spend a certain 3rd of July there and to rest for one day. We took the time to sit down at a restaurant table, to wander around the streets of the bazaar and to rest the rubber of our tires.]

Nous célébrons donc l’anniversaire de Nicolas à Trabzon avec une journée finement organisée par Angélique pour l’occasion. Un petit déjeuner bien garni avec des viennoiseries turques acquises dans différentes boulangeries de la ville au petit matin et bien sûr le fameux thé çai turc préparé dans une théière à deux étages. A l’heure du déjeuner, pas besoin d’aller dans un 4* pour ravir les papilles, nous nous installons à la terrasse du Çardak pour une spécialité locale: la pide turque; pizza avec viande et fromage, recouverte d’une motte de beurre. Le soir, en vidéo live avec la famille de Nicolas, nous jouons les barmen en créant un cocktail avec le remontant offert en Bulgarie que nous devons aussi liquider avant le prochain pays sur notre route; décrassage assuré!

[So we celebrated Nicolas’ birthday in Trabzon with a day finely organised by Angelique for the occasion. A well-stocked breakfast with Turkish pastries bought in different bakeries of the city in the early morning and of course the famous Turkish çai tea prepared in a two levels teapot. At lunchtime you do not have to go in a 4 Star to delight the taste buds, we settled down at the terrace of the Çardak for a local specialty: the Turkish pide; Pizza with meat and cheese, covered with a clod of butter. In the evening, in live video with Nicolas family, we played the bartenders by creating a cocktail with the firewater offered in bulgaria that we had to use before the next country on our road; a real throat clean-up!]

Le temps est maussade lorsque nous quittons notre Airbnb à Trabzon et nous tombons dans un crachin en reprenant la D010 et cette fameuse bande d’arrêt d’urgence que nous suivons, filons depuis des centaines de kilomètres. Nous découvrons aussi la mer, dont nous avons seulement vu sous sa couleur bleu turquoise, sous un tout autre jour. Elle revêtit aujourd’hui une couleur sombre, indigo, des moutons se sont formés et des vagues viennent asperger la digue protégeant l’autoroute de cette étendue déchaînée 11 mois dans l’année selon les dires turcs.

[The weather was grey when we left our Airbnb in Trabzon and we fell into a drizzle when back on the D010 and this famous hard shoulder which we were following, riding on for hundreds of kilometers. We also discovered the sea, which we had only seen under its turquoise blue color, with a different face. On this day it had a dark color, indigo and waves came to spray the dyke protecting the highway from this extent unleashed 11 months in the year according to the Turkish.]


Mais aujourd’hui, il semble que notre séparation la rend furieuse et elle le montre. Aujourd’hui, après ce long voyage à ses côtés, tous ces kilomètres à la longer, l’observer, l’ausculter, la goûter, aujourd’hui nous la quittons pour faire chemin vers de nouveaux horizons.

[But it seemed that our separation made the sea furious and it showed it. Today, after this long journey with it, all these kilometers to follow it, to observe it, to auscultate it, to taste it, we left it to make our way towards new horizons.]

Note: Cet article a été publié lorsque nous étions à Mashhad (Iran) / This blog post was published when we were in Mashhad (Iran)

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