Dobar Den,

Nous avançons lentement après le poste de douane serbe vers la frontière bulgare, où nous avons affaire à une douanière, langue française bien en poche. Elle nous pose quelques questions avec l’air froid d’un agent de douane derrière son comptoir à n’importe quelle frontière. Nicolas soumet donc les réponses à ses interrogations: nombre de kilomètres, assistance technique, date de départ, destination… Au final, nous n’avons rien de suspicieux, nous avons simplement soulevé sa curiosité et sa surprise et notre échange se conclura avec un sympathique « vous êtes fous » et un grand sourire.

[We moved slowly past the Serbian customs office towards the Bulgarian border, where we had to deal with a customs officer, speaking French fluently. She asked us a few questions with the cold air of a customs officer behind the counter at any border. Nicolas submitted the answers to her questions: number of kilometers, technical assistance used, date of departure, final destination… In the end, we had nothing suspicious, we simply raised her curiosity and surprise and our exchange ended with a friendly « you are crazy » and a big smile.]

De l’autre côté, une file d’une cinquantaine de camions attend d’être inspectée avant de pénétrer en territoire serbe.

[On the other side of the border, a line of about fifty trucks is waiting to be inspected before entering into Serbian territory.]

Sofia n’est qu’à 60 km par la route 8 et nous nous lançons sur une route en faux plat. Il fait toujours chaud, l’inclinaison combinée au vent de face dans cette vallée nous fatigue rapidement. Ayant peu de vivres, nous poursuivons jusqu’au premier magasin que nous trouvons 1h après à Dragoman. C’est à une station essence que nous faisons notre pause, un peu affamés et assoiffés, nous satisferons notre crise de boulimie avec mets chocolatés et sucrés.

[Sofia is only at 60 km by the road 8 and we went into a false flat road. It was still warm, the inclination combined with the head wind in this valley tired us quickly. Having too few supplies, we continued until the first shop that we found 1h after Dragoman. It was at a petrol station that we took a break, a little hungry and thirsty, we satisfied our bulimia behaviour with chocolate and sweet bars.]

Notre route s’applatit vers Sofia que nous atteignons sous un grand coucher de soleil, en oubliant d’y ajuster notre montre sur GMT +3. L’obscurité arrive vite et nous avons tout juste le temps de nous enfoncer dans un des grands parcs publics de la ville et d’y déplier notre tente pour la nuit. Nous faisons une visite express de la capitale bulgare en vélo, très moderne, elle rassemble des monuments de l’Armée Rouge, des dômes, des Églises orthodoxes, des mosquées ottomanes… Sofia est l’une des capitales dynamiques de l’Europe de l’Est et une visite vaut le coup d’oeil, avec une combinaison entre un modèle d’architecture européen et les vestiges de l’époque communiste.

[Our way was getting flattened down closer to Sofia that we reached under a great sunset, forgetting to adjust our watch on GMT +3. The darkness came quickly and we had just enough time to sink into one of the biggest public parks of the city and pitched our tent for the night. We made an express visit of the Bulgarian capital by bicycle, very modern, it brings together the Red Army monuments, domes, Orthodox churches, Ottoman mosques… Sofia is one of the dynamic capitals of Eastern Europe and is definitively worth a look, with a combination of a European architecture style and the vestiges of the communist era.]

Nous y expérimentons le pilotage dans une ville de 1.3 millions d’habitants, notamment à la sortie de la capitale lorsque nous suivons la route régionale, qui est sur le même axe que l’autoroute, pour les 10 premiers kilomètres. Nous avions pris de l’avance en centre-ville en nous faufilant entre les véhicules, coincés dans la circulation faisant des envieux, mais ils ne tardent pas à nous saluer lorsqu’ils nous dépassent avec probablement 150 km/h de plus que nous pour certains, dans un nuage de CO2 visible à l’oeil nu.

[We experienced cycling in a city of 1.3 million inhabitants, especially when leaving the capital as we followed the regional road, that was on the same road link than the motorway, for the first 10 kilometers. We had taken the lead in the city centre by sneaking between the vehicles, stuck in traffic making envious, but they soon greeted us when they overtook us with probably 150 km/h more than us for some of them, in a cloud of CO2 visible to the naked eye.]

Nous retrouvons ensuite une route calme mais bien endommagée sur laquelle nous passons les 4000 km, au niveau de Novi Kan.

[We then were back a quiet but damaged road on which we passed the 4000 km, at the level of Novi Kan.]

La route s’élève dans les montagnes d’Ihtimanska Sredna Gora, autour de la ville d’Ihtiman, et les températures sont assez chaudes. Nous passons de nombreux villages ruraux assez pauvres mais où les gens nous regardent avec un grand sourire, sûrement heureux de voir des touristes de passage dans leur région.

[The road rises in the mountains of Ihtimanska Sredna Gora, around the town of Ihtiman, and the temperatures are quite warm. We rode through many rural villages poor enough but where people looked at us with a big smile, surely happy to see tourists passing through their region.]

Depuis Belgrade en Serbie, nous avons pris la décision de quitter le Danube et traverser la Serbie pour accélérer notre descente vers le sud de la Bulgarie. Nous souhaitons atteindre la ville de Kardzhali où notre ami Sébastien (ami et colocataire de Master logistique de Nicolas) nous attend avec sa famille. Notre planning initial nous annonçait une arrivée le mardi, mais cela n’étant pas vraiment arrangeant pour ceux qui travaillent en semaine, nous avons allongé nos étapes depuis 5 jours et faisons 125 km par jour en moyenne; nous assurant une arrivée le samedi soir. Confirmant cela avec Sébastien, ce dernier capricieux mais surtout pressé de nous voir, nous souffle qu’il serait idéal d’arriver le vendredi pour en profiter pleinement. Un regard entre les deux cyclistes, un hochement de tête: « défi accepté ». 

[Since Belgrade in Serbia, we had decided to leave the Danube and crossed Serbia to accelerate our descent towards the south of Bulgaria. We wanted to reach the town of Kardzhali where our friend Sebastien (Nicolas’ friend and flatmate from logistics masters degree) is waiting for us with his family. Our initial schedule announced an arrival on Tuesday, but this was not really suitable for people who work weekdays, we have lengthened our stages for 5 days and did 125 km per day on average; assuring us an arrival on Saturday evening. Confirming this with Sebastien, capricious but above all hurried to see us, he blew us that it would be ideal to arrive on Friday to enjoy it fully. A look between the two cyclists, a nod of the head: « challenge accepted. »]

Après Belovo, la route est plate et un vent de dos nous aide à maintenir une bonne allure sur notre route vers Plovdiv, mais nous filons vers un mur blanc qui ne laisse rien transparaître derrière. Nous comprenons très vite que ce voile n’est autre qu’un torrent de pluie et un nuage électrique qui nous tombe dessus et c’est sur une route transformée en rivière que nous accostons sur le bas côté, abrité sous un arbre (ATTENTION: à ne pas reproduire chez vous!). Dans une vague à faire surfer les Bretons, une voiture se gare et une dame nous ouvre une porte vers son magnifique jardin dans lequel nous nous mettons à l’abri. La communication est difficile malgré la venue de la belle-fille et après 3 ou 4 coups de fil et autant de langues parlées, nous sommes invités à passer la nuit à Zvanichevo (40 km de Pazardzhik).

[After Belovo, the road was flat and a tail wind helped us maintaining a good pace on our road to Plovdiv, but we were heading towards a white wall that did not leave anything behind. We understood very quickly that this veil was a torrent of rain and an electric cloud that fell on us and it was on a road transformed into river that we stopped, sheltered under a tree (CAUTION: not to be reproduced at home!). In a wave which makes people from Brittany surfing, a car parked in front of us and a lady opened us the door to her beautiful garden in which we sheltered. The communication was difficult despite the arrival of the daughter-in-law and after 3 or 4 phone calls and as many languages spoken, we were invited to spend the night in Zvanichevo (40 km from Pazardzhik).]

Nous avons le droit à un accueil fantastique et nous dégustons nos premiers mets de la cuisine bulgare. Les salades sont composées de légumes qui viennent d’être tout juste cueillis par notre hôte dans son jardin et les plats cuisinés dans la journée sont excellents. Nous avons de la compagnie puisque la famille du fils nous a rejoint pour trinquer à notre venue et nous inviter à prolonger la soirée chez eux, à la fin du repas.

[We had the chance to get a fantastic welcome and we tasted our first Bulgarian dishes. The salads were composed of vegetables that have just been picked by our host in her garden and the dishes cooked during the day were excellent. We had company since the family of the son joined us to toast at our presence and invited us to extend the evening at their home, at the end of the meal.]


Un moment magique que nous vivons lorsque nous tentons d’expliquer notre périple, la famille entière nous regarde en niant avec la tête. Peut-être ne comprennent-ils pas ce que nous recherchons par ce périple. Lors des « conversations » suivantes, ce signe de tête est accompagné d’un « dah » et c’est à ce point-là que nous comprenons qu’ici le « NON » se fait en hochement de tête et le « OUI » en pivotant la tête (voir image ci-dessous).

[A magical moment that we lived when we tried to explain our journey, the whole family looked at us by denying with the head. Maybe they did not understand what we were looking for by this experience. During the following « conversations », this head gesture was accompanied by a « dah » and it was at this point that we understood that here « NO » is done nodding and « YES » by pivoting the head. Please see picture below.]

Nous vous mettons au défi de le reproduire lors d’une discussion, et pour aller plus loin, ajoutez-y la fatigue d’une étape de 120 km de vélo et un apéritif local à coucher un cheval… 

[We challenge you to reproduce it during a discussion, and to go further, add the tiredness of a 120 km bike stage and a local aperitif to make a horse sleep…]

Notre étape de la veille ayant été écourtée, nous nous levons de bonne heure et armés d’une bouteille de Rakia (offerte par notre hôte) pour apaiser les maux de tête de certain(e) et de banitsas, nous reprenons la route 8 avec un trafic plus dense que la veille mais sous le soleil. Nous accomplissons les 145 km pour relier Kardzhali et franchissons quelques belles ascensions dans la Province de Varna, dans un magnifique décor, notamment autour de Komuniga.

[Our stage of the day before having been shortened, we got up early and armed with a bottle of Rakia to appease the sore heads for some of us and with some banitsas, we were back on the route 8 with traffic denser than the previous day but under the sun. We accomplished the 145 km to connect Kardzhali and rode some beautiful ascents in the Province of Varna, in a beautiful scenery around Komuniga.]

À Kardzhali, Sébastien nous attend de pied ferme, nous sommes aussi impatients de le voir. Il nous invite depuis 5 ans et c’est donc de façon originale que nous débarquons dans son nouveau pays. Katerina, sa femme, nous a concocté un délicieux repas, de quoi récupérer de cette journée record et de faire chuter les paupières à la fin du festin. Nous avons pensé à apporter un petit présent depuis la Bretagne pour un grand fan du célèbre fabricant de pâté de porc à Pouldreuzic: la fameuse conserve bleue Hénaff qui aura fait un voyage de 4000 km sur un vélo.

[In Kardzhali, Sebastien is waiting for us, we are looking forward to see him too. He was invited us to come visiting him for the last 5 years and it is in an original way that we arrived in his new country. Katerina, his wife, cooked a delicious meal, perfect to recover from this record day and bring down the eyelids at the end of the feast. We had thought to bring a small present from Brittany for a big fan of the famous manufacturer of pate in Pouldreuzic: the famous blue Henaff tin which has travelled 4000 km on a bicycle.]

Comme prévu, nous reposons les guibolles pendant 4 jours entiers tout en explorant les environs de Kardzhali, ville située à 250 km de Sofia, à l’est des montagnes de Rhodope. La ville est coincée entre le réservoir de Kardzhali à l’ouest et le barrage de Studen Kladenets à l’est. Nous avons l’occasion d’aller voir ces immenses barrages, de loin uniquement, puisqu’ils ont été fermés à la suite des actes de terrorisme survenus dernièrement; ce barrage retenant un volume d’eau pouvant engloutir 4 villes en cas de cassure. Après une première tentative échouée, due à une météo qui nous réjouit de pas être sur nos vélos ce jour-là, nous embarquons avec Mitko, un ami de Sébastien et Katerina, sur son bateau pour une excursion sur le Réservoir et une petite randonnée sur l’autre rive.

[As planned, we rested the crazy legs for 4 whole days while exploring the surroundings of Kardzhali, a town located 250 km from Sofia in the east of the Rhodope Mountains. The town is stuck between the Kardzhali Reservoir in the west and the Studen Kladenets Dam in the east of the city. We had the opportunity to see these huge dams, unfortunately only from a distance because they have been closed as a result of recent terrorist acts; this dam holding up a volume of water that can swallow up four cities in case of break. After a first unsuccessful attempt, due to a weather that we were glad not to be on our bikes that day, we embarked with Mitko, a friend of Sebastien and Katerina, on his boat for an excursion on the Reservoir and a short hike on the other bank.]

Ces « vacances » sont aussi pour nous l’occasion de faire le bilan de notre traversée bientôt achevée de l’Europe, après deux mois sur les routes et de planifier la suite. Jusqu’ici, nous passions les frontières sans même s’en rendre compte mais il nous faut maintenant organiser ces passages et surtout lancer les procédures pour obtenir les visas. C’est donc au son du carillon de la ville, unique dans le pays avec son chant révolutionnaire bulgare diffusé toutes les heures, que nous nous soumettons à quelques heures d’administratif, tout en sortant déguster les spécialistes culinaires du pays.

[These « holidays » were also for us the opportunity to take stock of our crossing soon completed of Europe, after two months on the road and to plan the next steps. Until Bulgaria, we were passing through the borders without even realising it but now, we have to organise these passages and especially launch the procedures for obtaining the visas. It is thus to the sound of the city’s singing, unique in the country with its Bulgarian revolutionary song broadcasted every hour, that we spent a few administrative hours while going out to taste the regional culinary delights.]

Nicolas passe les montures au peigne fin, y installe de nouvelles chaînes et remplace les plaquettes de freins chauffées dans les abîmes bulgares.

[Nicolas checked the mounts with a fine toothed comb, put on new chains and replaced the brake pads heated in the Bulgarian abysses.]

Nous avons l’honneur de rencontrer un pionnier du voyage à vélo, Hristo, qui s’est aventuré à l’inconnu il y a près de 20 ans depuis Kardzhali jusqu’à Cape Town (Afrique du Sud). Passionnant échange entre baroudeurs avec cet artiste qui nous a invité pour un thé çai, dans son atelier de peinture arborant ses créations notamment issues de son épopée sur deux roues.

[We had the honour of meeting a pioneer of bike touring, Hristo, who ventured into the unknown almost 20 years ago from Kardzhali to Cape Town (South Africa). An enthusiastic exchange between travellers with this artist who invited us for a çai tea, in his painting workshop featuring his creations especially from his epic on two wheels.]


Nous racontons le début de notre aventure à la presse locale qui s’est montrée curieuse et est venue à notre rencontre pour écouter nos premières anecdotes et recueillir nos impressions sur le pays avec un oeil extérieur. Après un dernier déjeuner avec les travailleurs, nous repartons sur les routes bulgares non sans remercier Sébastien, Katerina et Vanessa pour le fantastique accueil qu’ils nous ont réservé, ainsi que leurs amis et la généreuse hospitalité bulgare.

[We told the beginning of our adventure to the local press that was curious and came to meet us to listen to our first anecdotes and feelings of the country with an external perspective. After a last lunch with the workers, we went back on the Bulgarian roads, warmly thanking Sebastien, Katerina and Vanessa for the fantastic welcome they have given to us, their friends and the generous Bulgarian hospitality.]

Cette bonté sera ultimement confirmée lorsqu’un agriculteur bulgare nous ouvrira les barbelés de son champs pour planter notre tente, en haut de la vallée de Polkovnik Serafimovo, et y passer notre dernière nuit dans le pays. Le voisin nous offre même notre petit déjeuner avec une bouteille de 2 litres d’ayran (lait).

[This kindness is ultimately confirmed when a Bulgarian farmer opened the barbed wire of his field to pitch our tent at the top of Polkovnik Serafimovo valley and spend our last night in the country. The neighbour even offered us our breakfast with a bottle of 2 liters of ayran (milk).]

La dernière journée est pluvieuse et il nous faut nous arrêter entre deux ascensions sur cette route 59 vallonnée. L’occasion pour Nicolas de découvrir qu’il ne faut pas toujours un festin, du soleil et des grillons pour se permettre une sieste.

[The last day is rainy and we had to stop between two climbs on this hilly road 59. The opportunity for Nicolas to discover that you do not always need a feast, sun and crickets to afford a nap.]

La route descend brutalement vers la dernière bourgade bulgare, Ivaylovgrad. Nous poursuivons sous un ciel noir menaçant au bout duquel le drapeau à la croix et aux bandes bleues et blanches semble nous faire signe, balayé par le vent qui souffle.

[The road descended abruptly towards the last Bulgarian village, Ivaylovgrad. We continued under a threatening black sky at the end of which the flag with the cross and the blue and white bands seems to signal us, swept by the wind blowing.]

Note: Cet article a été publié lorsque nous étions à Tabriz (Iran) / This blog post was published when we were in Tabriz (Iran)

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